el grimh

GRUPO DE REFLEXIÓN SOBRE EL MUNDO HISPÁNICO

George GILMER

(Birmingham, 1857-≥1931)

Jean-Claude SEGUIN

1

William, Jacint Gilmer (Londres, 1827-Birmingham, 01/12/1899) épouse Sarah Ann Mallinson (1837-). Descendance :

2

Les origines (1861-1895)

William, Jacint Gilmer, connu également comme Mons. Gilmer, est un célèbre danseur et professeur de danse qui a fait carrière à Birmingham. le Birmingham Mail évoque son existence dans une notice nécrologique publiée en 1899 :

DEATH OF A FAMOUS BIRMINGHAM DANCING MASTER.
THE MAN WHO BROUGHT OUT SOTHERN.
Mr. William Jacint Gilmer, or Mons. Gilmer as he was professionally known, died on Friday at his residence, Calthorpe House, Five Ways. The deceased, who had many interesting connections with the city, from his associations with the Theatre Royal in the old stocks days, was a brother of Mr. Gilmer, the originator of Gilmer's Band, who passed away some few years ago. He was born in London in 1827, and had consequently reached his 72nd year. As a boy, having an inclination towards stage life, he was sent to Paris, where he studied dancing as pupil of St. Leon, a famous maste of those days. Later, when still a mere youth, he made his debut at her Majesty's Theatre, London, and afterwards appeared before the footlights at Drury Lane. Afterwards, in company with his sister (who still enjoys a green old age in Birmingham) he took to touring the provinces, until, at the invitation of Mr. Simpson (father of Mr. Mercer Simpson), he settled down at the Theatre Royal as ballet master, in succession to Mr. Ridgway; in the same house as whom, it is a singular coincidence, he has just breathed his last. Not long, however, had Mr. Gilmer been engaged in this capacity ere he met with an accident—he broke his kneecap by falling through a trap door—which was of such a serious nature as to necessitate a total abandonment of the career on which he had then embarked. This was particularly unfortunate, for at that time he had just been engaged for an American tour with Charles Mathews. From that time the deceased devoted his attention to the teaching of dancing, of which he ultimately became one of the best known masters in the Midlands. It was in the course of his theatrical career that he became acquainted with, and as he used to say with pride, brought out, the celebrated
SOTHERN, OF DUNDREARY FAME,
then an aspiring amateur taking his earlies steps in the world of which he was to become such a conspicuous figure. In 1849 Mr. Gilmer had gone to St. Heliers, Jersey, and taken over management of the Theatre Royal. Sothern was staying there with some friends, latter being asked, as was the custom, for their patronage, suggested to the manager that he should give the ambitious amateur a chance on the regular boards. Mr. Gilmer, whose one aim was to get sufficiently good houses to enable him to leave the island, consented, and (as Mr. Pemberton explains in his entertaining memoirs of Sothern) the latter was given a trial as Claude Melnotte. Mr. Gilmier never had any great opinion, apparently, of Sothern, but the latter was grateful for the introduction to real stage life thus afforded him, and at a later period, when he heard the deceased was to take a benefit at the Royal in Birmingham, he readily snapped up a further chance of exhibiting his histrionic ability to a more critical audience than had hitherto come in his way, an played Frank Friskley in the farce entitled, Boots at the Swan. It was on that occasion that the excellence of Sothern’s acting caught the keen eye of Mr. Simpson, the then manager of the theatre, who offered him an engagement (which was accepted) as a member of the company. That Sothern attached full importance to this step in his professional career may be judged from the fact that when some years later he made his first appearance as Lord Dundreary at the Haymarket, he caused himself to be announced as  "formerly of the Theatre Royal, Birmingham." It is a sad circonstance that for the past 14 years Mr. Gilmer had been the victim of paralysis. He was a Mason, and one of the oldest members of St. James's Lodge. The funeral takes place at the new cemetery, Warstone Lane, on Monday.


Birmingham Mail, Birmingham, dimanche 3 décembre 1899, p. 3.

George Arthur Gilmer, fils cadet de William Jacint Gilmer, est né à Birmingham, en mars 1857, et y réside avec sa famille (recensement 1861 et recensement 1871). Avec son frère William, George Gilmer se rend en Australie en 1880.

On ignore les raisons précises qui le conduisent à s'installer à Paris.

En juin 1887, Arthur, Léon Laverne (Paris, 01/11/1843-) (constructeur d'appareils d'optique. 10 rue de Malte), George, Arthur Gilmer (voyageur de commerce. 65, quai de Valmy) et Eugène, Gaston Clément (employé de commerce. 142, faubourg Saint-Denis) fondent une société en nom collectif, ayant pour objet la fabrication d'objets d'optique, sous la raison sociale "A. Laverne et Cie" successeur de Gasc et Charconnet", établie pour une durée de 3 ans et au capital de 338.066,25 francs. Le siège social est situé au 10, rue de Malte. À cette époque, Élie Mazo est leur exportateur.

1889 enveloppe r 1889 enveloppe v
Clément & Gilmer. Enveloppe (recto-verso) (1889)

En 1889, George A. Gilmer épouse Marguerite Rodanet, fille d'Auguste, Hilaire Rodanet, célèbre horloger et bijoutier parisien, constructeur de chronomètres de la Marine de l'État.

rodanet auguste portrait 02
Auguste Hilaire Rodanet (Rochefort-sur-Mer, 05/06/1837-Paris 9e, 26/08/1907)

Au terme de leur association avec Arthur Laverne, Clément et Gilmer deviennent propriétaires du fonds de commerce et fondent (03/04/1890) la société en nom collectif "Clément et Gilmer" au capital de 340.000 francs. Un différend va malgré tout opposer, en juin 1891, l'ancien propriétaire et les associés sur l'usage du nom "Laverne". Le tribunal de commerce de la Seine va statuer en faveur de Clément et Gilmer.

1894 08 10 clement gilmer orthomegagraphe
Clément et Gilmer
"Orthomégagraphe"
INPI. Photographie et Lithographie. 1860-1895.

Un autre conflit va opposer la maison Clément & Gilmer à ses ouvriers ébénistes que va trancher la chambre syndicale en réunion extraordinaire :

CHAMBRE SYNDICALE
des Ebénistes en Fantaisies
La chambre syndicale dans sa réunion générale extraordinaire tenue le 17 courant salle Léger 108, rue du Temple, après avoir entendu les ouvriers de la maison Clément Gilmer auraient été au conseil des Prudhommes après avoir entendu les délégués qui s’étaient présentés pour soumettre les revendications des ouvriers ébénistes, déclare tenir comme scrupuleusement exacts et vrai les termes dont se sont servis M. Clément Gilmer en disant qu’il y a fait assez de meurt de faim pour produire l’ouvrage meilleur marché et qu’ils iraient chercher leurs appareils en Allemagne, paroles industriel français que devant le conseil des prud'hommes ils ont dénaturé la vérité en déclarant qu’il n’avaient pas dit qu’ils voulaient signer les revendications et les prix présentés, la preuve étant que ces messieurs avaient faire appeler les délégués une deuxième fois pour ce fait, malgré les témoignages intéressés de leur contremaître qui parait oublier qu’il se fait l’instrument double des bases oeuvres de ses patrons; considérant que la constitution seule du syndicat est la seule raison pour laquelle ils se sont refusés à toute entente, ceci est d’autant plus vrai qu’il a attaqué au conseil des Prudhommes un ouvrier façonnier comme militant. Pour ces motifs et toutes ses raisons l'assemblée maintient énergiquement l’index de la maison Clément Gilmer, (ancienne maison Laverne) rappelle aux ouvriers qu’une forte organisation ouvrière pourra seule nous faire avoir raison des prétentions patronales et nous permettre de revendiquer notre place au banquet social, engage tous les ouvriers à se grouper à la chambre syndicale pour défendre leurs intérêts, leur dignité mise en péril par l’égoïsme de la classe bourgeoise et capitaliste.
L'assemblée vote la mise à l'indez et à l'interdiction de la corporation les rénégats Perrot et Gayet qui malgré leurs signatures sont rentrés à l'atelier.
Pour la Chambre et par ordre:
Le Conseil Syndical.


L'Égalité, Paris, lundi 22 juin 1891, p. 3.

Quelques jours plus tard la chambre syndicale fait publier une lettre où elle attaque à nouveau la position des patrons de la Clément & Gilmer :

LES EBENISTES
La chambre syndicale des ébénistes en fantaisie nous prie d’insérer la protestation suivante qu’elle adresse aux directeurs de journaux bourgeois au sujet d’allégations avancées par ces journaux :
Monsieur le Directeur,
Dans une lettre parue dans votre journal du 20 courant, lettre émanant des sieurs Clément Gilmer (ancienne maison Laverne) 8, rue de Malte, nous relevons les démentis les plus mensongers, mais dignes de ceux qui ont refusé de traiter avec les délégués du syndicat pour la défense des droits des travailleurs, alléguant qu’il y avait assez de meurt-de-faim et de vieillards pour faire le travail à bas prix.
Seule, l’adoption d’un moteur à gaz a provoqué dans cette maison une baisse de prix de 25 à 30%, que les ouvriers n’ont pas voulu accepter et sur le refus de traiter avec les délégués, ont quitté la maison à six il est vrai, mais à six sur sept ouvriers (et encore le septième avait signé), c’est le total des ébénistes employés dans cette maison.
Devant les allégations mensongères des patrons, nous les avons invités à venir au siège social pour les mettre en présence des délégués. Ils n’ont eu que le courage d’envoyer un receveur pour toucher les sommes du travail resté en litige.
Pour cela ils ont reconnu le syndicat.
Devant ces patrons sans vergogne qui menacent leurs ouvriers de s‘adresser à l’Allemagne pour obtenir ses produits et qui n'ont pas eu le courage de venir soutenir leurs mensonges et leur dire inique, nous laissons à la corporation et à l’opinion publique le soin de juger leur conduite indigne et leur capacité inqualifiable.
Recevez, monsieur le directeur, nos salutations sincères.
Pour la Chambre et pour le Conseil syndical.


L'Égalité, Paris, jeudi 2 juillet 1891, p. 3.

George Gilmer se rend à deux reprises aux États Unis (1893 et 1895) sans que l'on sache si ces voyages sont en relation avec ses activités professionnelles.

La société commercialise des lanternes, et plaques et des accessoires pour la projection fixe : le panorthoscopique, le mikado, la jumelle photographique "Clégil" - Clé[ment] et Gil[mer] -, obturateur Iris américain, Chicago 2, la fontaine photographique... et publie des catalogues (1894 et 1895) pour la diffusion des produits.

Les images animées (1895-1898)

Le Cinématographe Lumière (1895-1896)

Dès le mois de novembre 1895, le cinématographe Lumière éveille l'intérêt de la société Clément & Gilmer. En effet, dès la mi-novembre, elle cherche à acquérir un modèle de l'appareil. Au courrier que l'entreprise envoie à Lyon Monplaisir, les frères Lumière répondent par une lettre évasive, semblable aux nombreuses qu'ils expédient alors pour répondre aux multiples demandes qui leur sont faites.

1895 11 18 lumiere clement gilmer
Lumière, Messieurs Clément et Gilmer, Lyon, 18 novembre 1895
Source: Fonds Trarieux-Lumière

On mesure l'impatience de Clément et Gilmer puisque deux autres courriers vont suivre, le premier en date du 28 décembre 1895 (réponse : 30 décembre) et le second du 13 janvier 1896 (réponse : 15 janvier). Finalement, les Lumière décident de ne pas commercialiser alors leur cinématographe et Clément et Gilmer vont se tourner vers une autre solution.

Le Vitagraphe (1896-1898)

Nous ne disposons pas d'informations relatives à la société entre les mois de janvier et juillet 1896. Il y a tout lieu de croire que Clément et Gilmer vont frapper à d'autres portes afin de trouver un appareil cinématographique. À l'exception de quelques brevets sur la photographie comme la "Chambre détective à escamotage perfectionné dite l'oméga" (FR 237607. 07/04/1894) ou "Fontaine photographique automotrice" (FR 238136. 28/04/1894), les deux associés ne sont pas des inventeurs chevronnés, pourtant dès le 6 juin 1896, la société Clément & Gilmer dépose la marque "Le Vitagraphe", auprès du Greffe du Tribunal de Commerce de Paris, "destiné à un appareil pour la production et la projection de photographies animées".

1896 06 06 clement gilmer vitagraphe
"Le Vitagraphe". 6 juin 1896.
Clément et Gilmer.
Source: INPI. Photographie et Lithographie 1895-1901.

En outre, en juillet 1896, la société Clément & Gilmer, associée à l'inventeur Henri Coulon, dépose un brevet pour un "perfectionnement aux appareils de projection". Le descriptif de l'appareil reste assez succinct et ne présente, à proprement parler, qu'un croquis de la lanterne, mais il n'est pas question du mécanisme d'entrainement du film.

1896 07 15 coulon clement gilmer
"Le Vitagraphe Clement & Gilmer"
Le Vitagraphe (1897)

En revanche, dans le catalogue Le Vitagraphe (1897), on trouve une illustration et un descriptif de deux modèles. Le premier pour les projections animées, c'est-à-dire pour les projections de vues fixes et le second pour les photographies animées, à savoir les projections cinématographiques. Or, le "vitagraphe" (modèle 2) est bien un défileur qui n'a pas été breveté, peut-être parce qu'il s'agit d'un mécanisme conçu par un autre constructeur.

Le catalogue reproduit en outre quelques fragments de courriers envoyés par les opérateurs ayant utilisé le vitagraphe : 

TÉMOIGNAGES
Nous publions ci-après quelques-uns des témoignages de satisfaction qui nous ont été adressés. Ils sont donnés non pas par des amateurs mais par des professionnels qui ont fait un usage journalier du VITAGRAPHE pendant des mois entiers; nous avons choisi ces témoignages entre tous car ce sont certainement ceux qui auront le plus de valeur aux yeux des acheteurs et pourront les convaincre le mieux de l'exactitude de nos déclarations, sur les qualités de notre appareil.

À la suite figurent quelques noms et leur témoignage : H. O. Foersterling et Cº (Berlin, 10 juillet 1896), H. B. (Béthune, 17 octobre 1896), J.S. (Ludwigshafen, 30 novembre 1896), H. T. (Plymouth, 12 décembre 1896), H. Chabot (Béziers, 5 janvier 1897), J. M. B. (Jacques-Marie Bellwald) (Echternach, 15 janvier 1897), F.D.P. (Beaune, 27 janvier 1897), Charles Kalb (Paris, 13 mars 1897) et H. Herwig (Giessen, 15 mars 1897). On retrouve également le vitagraphe dans plusieurs villes françaises ou étrangères : Reims (janvier 1897), Mayen (2-3 mai 1897), Bergedorf (août 1897)... Il semble que dès 1898, la commercialisation du vitagraphe ait perdu de son intensité et que les exploitants se raréfient.

Et après (1899-≥1931)

En 1900, la maison Clément et Gilmer va mettre en vente "l'Excellograph" un nouvel appareil cinématographique dont le brevet a été déposé à Paris le 18 mars 1898 par William Vellette Miller, George Rice et Elias Bound Dunn. En 1901, Il est fait chevalier de la légion d'honneur à titre étranger :

NOMINATIONS
Par décret du Président de la République, rendu sur la proposition du Ministre des Affaires étrangères, sont nommés, à titre étranger, chevaliers dans l'ordre de la Légion d'honneur:
[...]
M. GILMER (George-Arthur), sujet anglais, directeur de la maison Clement et Gilmer, à Paris. Médaille d'or 1900. (M. Gilmer est le gendre de M. A.-H. Rodanet, président de la Chambre syndicale de l'Horlogerie de Paris.).


Revue chronométrique, 47e année, nº 533, février 1901, p. 218.

L'année 1906 marque la fin de l'association d'Eugène Clément et de George Gilmer :

Paris.- Dissolution.- 1 nov. 1906.-Société CLÉMENT et GILMER, appareils d'optique et de photographie, 140, faub. St-Martin.-L. les associés-20 octobre 1906.-L.


Archives commerciales de la France, 33e année, nº 91, mercredi 14 novembre 1906, p. 1433.

George Gilmer fonde alors la société en commandite "Gilmer et Cie" sise 140 faubourg Saint-Martin :

Paris.-Formation.-Société en commandite GILMER et Cie, appareils d'optique et de photographie, 140, faub. St-Martin.-3 ans.-300,000 fr. - 25 oct. 1906.-L.


Archives commerciales de la France, 33e année, nº 91, mercredi 14 novembre 1906, p. 1433.

Quelques mois plus tard [1907], l'établissement s'installe 21 rue Henri-Monnier (Paris 9e), puis il déménage [1911] au 46 rue Sévigné. Le catalogue de [1911] propose deux cinématographes : Le Bioscope "Universal" Cinématographe sans Scintillement et le Cinématographe nº 12.

Sur le plan personnel, George Gilmer divorce, en 1908, de Marie Rodanet qui épouse en secondes noces Amédée, Gustave, André Mesureur.

En 1913, George Gilmer est déclaré en état de liquidation judiciaire :

LIQUIDATIONS JUDICIAIRES
[...]
Jugements du 13 juin 1913
SONT DÉCLARÉS EN ÉTAT DE LIQUIDATION JUDICIAIRE:
[...]
Gilmer (Georges), opticien, 46, rue de Sévigné.


Excelsior, Paris, samedi 14 juin 1913, p. 11. 

Un journal britannique de Birmingham se fait l'écho d'un accord passé entre George Gilmer et la société Pathé Frères afin de récupérer des films usagés :

George Gilmer said that in June he arranged to purchase one ton of waste films from Mr. Pyke on behalf of Pathe Freres. The price was £100, and the film was to be sent to France. He gave instructions that the film was to be delivered in tin-lined.


Birmingham Daily Post, Birmingham, samedi 14 août 1915, p. 5.

Au cours de la décennie suivante, George Gilmer est recensé rue Lalo (Paris 16e) (1926) où il vit seul, puis, en 1931, toujours à la même adresse, il habite avec sa fille Edith.

Sources

3

4

         

Contactos