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- Creado: 19 Mayo 2024
- Última actualización: 07 Enero 2026
- Publicado: 19 Mayo 2024
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Louis, Napoléon DEFER dit CHARLUS
(Aumale, 1860-Verberie, 1951)

Jean-Claude SEGUIN
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Valery, Adolphe Defer (1812-) épouse Catherine Boulongne (1818-). Descendance :
- Louis, Napoléon Defer "Charlus" (Aumale, 06/09/1860-Verberie, 21/02/1951) épouse Victorine [Defer] (Marseille, [1870]).
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Les origines (1860-1898)
Fils d'un plombier, Louis, Napoléon Defer perd sa mère alors qu'il est encore jeune et est élevé par sa sœur. Voici comment il raconte dans ses mémoires son enfance et sa jeunesse :
Mon père était plombier. Je perdis ma mère alors que j'était tout jeune et c'est ma sœur qui m'éleva.
Grâce à elle, je fis des études dans un collège ecclésiastique jusqu'à l'âge de quinze ans. Puis, après avoir été commis chez l'agent-voyer [agent de l'administration des Ponts et Chaussées - merci Monsieur Caradec ! - de la ville pendant deux ans, je vins à Paris où je fis plusieurs places dans la "nouveauté".
À la vérité, j'avais une idée de derrière la tête en allant à Paris. Je m'imaginais que là, il me serait possible de réaliser mon rêve : devenir un chanteur et vivre de cette profession.
Je me rendais compte que j'avais de la voix. Je ne sais si, grâce à, des études spéciales, j'aurais pu devenir un as du si bémol, mais ce dont je suis certain, c'est que j'ai toujours fait preuve d'une "résistance" peu banale. Les performances (mais oui, le mot est bien à sa place) que j'ai accomplies au studio d'enregistrement comme je le relaterai plus loin, montrent que je dispose d'un organe vocal hors série.
Mes patrons successifs, qui n'avaient pas besoin des services d'un chanteur, me gardèrent peu de temps chez eux ; car ils s'aperçurent bien vite que j'étais mieux à mon aise quand j'interprétais pour la joie de mes collègues, la chanson à la mode, que lorsqu'il me fallait auner de l'étoffe.
Et puis, livré à moi-même et sans aucune surveillance, je laisse à penser la vie que je pouvais mener.
CHARLUS, 1930.
Alors qu'il est "employé de commerce", il accomplit son service militaire à Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle) au 4e chasseurs à pied. Incorporé le 10 novembre 1881, il est renvoyé en congé, le 20 septembre 1885. C'est peu après qu'il entame une carrière de chanteur. "Charlus" va reprendre le répertoire des chanteurs en vogue dont celui de Paulus. On le trouve vers 1886 au café-concert L'Époque, et dès 1887, son nom figure à l'affiche du Concert Parisien :
CONCERT PARISIEN
37, rue du Faubourg Saint-Denis
Tous les soirs, à 8 heures.- Bourgès, Rivoire, Teste, Charlus, Boutor, Fredy, mesdemoiselles Lafourcade, de Frasne, Levyna, Dal-Mutto, Jane Sarah, Scholl, Georgina, Laurianne, J. de Greef, Jeanne Noty, etc., etc. Intermède avec les Trois Diamants.
Attractions diverses.-Entrée libre.
Le XXe siècle artistique et littéraire, Paris, septembre 1887, p. 2.

"Charlus à l'époque de ses grands succès (Collection privée.)"
Comoedia, 21 mars 1942, p. 1.
Sa carrière se poursuit non seulement dans la capitale, mais aussi en province. Ainsi, un journal d'Honfleur, dans un article non dénué d'arrière-plan politique, prend la défense de Charlus contre Paulus :
Et quand Paulus, par la voix d'un journal, vient dire à tous : "Jamais personne n'a chanté la chanson comme moi" nous luis crions: "Casse-cou, mon bon, votre triomphe vous aveugle, et tous ceux qui fréquentent les salles de concert et jugent impartialement vous diront qu'il leur est arrivé d'entendre des chanteurs qui ne vous dépassent pas, mais qui, certes, vous valent bien, soyez-en convaincu !
Et vous, spectateurs, qui applaudissiez tan l'autre soir, allez donc à l'Alcazar entendre Charlus, le Sosie de Paulus, et vous me ferez connaître votre opinion.
Mais je vous entends ! Charlus est une copie tandis que l'autre est un créateur. A quoi je répondrai : Paulus a été l'heureux à qui les auteurs ont confié leur élucubrations, (souvent malheureuses), mais si Charlus avait eu la grosse caisse pour lui ; le résultat eût été en sa faveur, voilà tout.
Et puis, j'entends encore la haute gomme qui l'autre soir était au cirque, -car la haute côte, la basse côte, aussi bien que l'entrecôte, s'y étaient donné rendez-vous, - me répondre : "Mais nous ne pouvons aller à l'Alcazar, ce n'est pas un lieu convenable, et ce qu'on y chante est souvent déplacé " - Ah ! vraiment vous me faites rire. Vous n'avez donc pas regardé à vos côtés, vendredi ; et quand vous allez au théâtre, au cirque, au jardin public, partout, vous êtes donc aveugles ces jours là.
[...]
Pour nous, nous résumerons ces lignes en disant : Rendez justice au réel talent là où il se trouve. Applaudissez Paulus au Café Concert, soit ! mais par respect pour l'art, enlevez-lui le piédestal sur lequel il est grimpé.
GRINGOIRE.
Revue comique normande, Honfleur, 23 juin 1888, p. 7.
Comme le suggère ce journal, Charlus ne cache pas ses opinions politiques et il n'hésite pas à interpréter des chansons en l'honneur du général Boulanger comme dans Les Boulangers (1889). On le retrouve également dans plusieurs salles parisiennes dont l'Eden-Concert, l'Alcazar, les Folies-Bergère, le Moulin-Rouge, le Ba-Ta-Clan, L'Eldorado...

Folies-Bergère, nº 13, du 19 au 25 juillet 1899.
Charlus fait également quelques incursions en Belgique (1887 et 1890) et à Londres (1892). L'enregistrement des cylindres de phonographes est une opération qui doit se répéter de multiples fois selon les commandes :
Dans les studios de chez Pathé frères, aux environs de 1900, les artistes accomplissaient de véritables actes de courage et d'héroïsme physiques ! Un chanteur devait enregistrer un nombre de fois égal à celui des exemplaires prévus; autrement dit, lorsque Charlus chantait le Muet mélomane dont on fabrique 500 cylindres, Charlus était dans la cruelle obligation de répéter 500 fois la même chanson dans le même cornet. Il enregistrait une moyenne de 80 chansons par jour, 40 le matin, 40 l'après-midi. Il est vrai qu'au bout de quelque temps, la maison Pathé frères imagina de placer trois appareils et trois cornets devant les chanteurs, qui purent enregistrer trois cylindres à la fois ! Mais à ce moment, la vente s'étant développée, le travail fourni par les artistes devint plus tyrannique encore. C'est ainsi qu'une chanson de Charlus : les Aventures espagnoles, ayant donné lieu à la fabrication de 5000 cylindres, c'est plus de quinze cents fois qu'il dut interpréter cette chanson.
CHARLUS ET MME ROLLINI ENREGISTRANT UN DUO.
Cette lourde tâche n'empêchait point les artistes de vivre dans l'allégresse et dans la joie : ce rocher de Sisyphe roulait au milieu des éclats de rire ! Un petit billet que Charlus veut bien m'adresser de Marseille - pour être agréable, dit-il, aux amis des Lectures pour tous - témoigne de la bonne humeur qui régnait parmi les artistes. Donnons la parole à Charlus : "Je chantais les duos avec Mme Rollini, qui avait une voix excellente. Vous auriez ri de notre posture pour l'enregistrement de ces duos. Afin de rester dans l'axe du pavillon qui n'avait guère plus de 25 centimètres de diamètre, nous devions nous serrer l'un contre l'autre; elle me tenait par le cou et moi je la tenais par la taille ! Il ne fallait pas bouger. Quand il y avait à imiter le bruit d'un baiser, aïe donc !... Je le lui collais sur la joue : c'était un baiser nature. Je me souviens que j'avais écrit une chansonnette sur les diverses expressions du baiser dont je voulais faire un cylindre, mais ma camarade trouva cela excessif et ne voulut pas que ses joues servissent d'accessoires de théâtre.
HAMEL, 1934: 20-21.
C'est en 1896 qu'il rencontre Emile Pathé et pour lequel il va enregistrer de très nombreux titres :
[...] que je fus présenté à Émile Pathé, en 1896. J'étais à ce moment-là à la Gaîté-Rochechouart où je venais de créer des succès populaires : "Adèle, t'es belle", "Les Agents sont de Braves Gens", "Le coup de Soleil". Qui sait à quoi je pouvais prétendre ? Mais l'enregistrement phonographique me prit en entier ? ou presque ? et cela en me faisant par trop délaisser la scène, changea ma destinée d'artiste.
C'est ce que l'on voudra bien admettre quand j'aurai dit que j'ai été enregistré chez PATHÉ plus de quatre-vingt mille fois, répétant jusqu'à deux mille fois la même chanson. C'était le temps où les cylindres vendus dans le commerce étaient gravés à raison de quatre à la fois. On ne les multipliait pas encore par le procédé de montage qui ne fut employé chez nous qu'en 1900.
CHARLUS, 1930.
Le Cinématographe (1899-1910)
C'est en 1899 que Charlus rentre en contact avec Ferdinand Zecca à l'occasion du tournage du film Le Muet mélomane :
Je venais précisément d'interpréter, avec Charlus, une fantaisie dialoguée intitulée Le muet mélomane. Nous rejouâmes cette scène devant un opérateur, cette fois. Le film obtenu, il suffisait de le projeter au rythme d'un métronome pour que les mouvements de la bande et ceux du cylindre coïncidassent. Il ne fallait à celui qui tournait la manivelle qu'un peu d'habileté de main. Je vous assure que la synchronisation ainsi obtenue était plus parfaite que celle des premiers " talkies".
Francis Ambrière, "Les Souvenirs de Ferdinand Zecca", L'Image, nº 13, 1932, p. 27.

Le Muet mélomane (1899)
"Film parlant de Pathé, réalisé pour le cinéma Dufayel en 1899. C'est le premier film où Zecca apparaisse, comme acteur. Il joue le rôle du muet qui comparaît devant les juges"
source: SADOUL, 1947 (T. 2): 81
Alors que Ferdinand Zecca interprète le rôle du muet, c'est Charlus qui enregistre le disque pour ce film chanté. Il ne semble pas avoir renoué avec le cinématographe jusqu'en 1906, date à laquelle il va enregistrer quelques phonoscènes pour la maison Gaumont, puis des films pour le Cine-Phono de Pathé.
Et après... (1910-1951)
Il obtient un contrat d'exclusité chez Pathé qu'il va conserver jusqu'au début de la guerre :
Je revins à la maison Pathé qui me fit un contrat d'exclusivité; j'y demeurai, tout en me produisant sur les grandes scènes de café-concert, jusqu'à la déclaration de la guerre de 1914. Mes patrons m'offrirent alors de gérer une succursale de vente à Marseille. Puis la fatigue et l'âge venant, je résolus, il y a quelques années, d'abandonner mon poste et de me retirer dans la belle cité phocéenne, que j'adore.
X., 1942: 1.
Par la suite, il s'installe à Marseille :
Puis la fatigue et l'âge venant, je résolus, il y a quelques années, d'abandonner mon poste et de me retirer dans la belle cité phocéenne, que j'adore.
X., 1942: 1.
En 1931, il est recensé à Marseille (18, rue Moustier).
Il décède en 1951.
Sources
CHARLUS, J'ai chanté, Compiègne: Le Progrès de l'Oise, [1930], 50 p.
"Charlus ! Le Roi du phono mais aussi Le Forçat du gramophone", Du Temps des Cerises aux Feuilles mortes: http://www.dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net/fiches_bio/charlus/charlus.htm
HAMEL Maurice, " Les Survivants du Caf' Con' ", Lectures pour tous, août 1934, p. 18-24.
HAMEL Maurice, "Le Doyen du Caf' Conc' Charlus vient d'avoir quatre-vingt-deux ans", Comoedia, 21 mars 1942, p. 1.
SADOUL Georges, Les Pionniers du Cinéma 1897-1909, Paris, Éditions Denoël, 1947, 628.
X., "Les Amis du Phonographe vont se réjouir. Charlus 'remet ça'", Artistica, 3 décembre 1992, p. 1.
3
1899
1906
Derrière la musique militaire (Gaumont)
Répétition de la musique du 195e d'infanterie
Les 28 jours de Clairette (Mendel)
Rigolard et Pleurnichard (Mendel)
1907 |
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| Dufignard et Groslardon (Gaumont chr 383) | ![]() |
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| Les Chevaliers du guet (Gaumont chr 385) | ![]() |
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| Un coup de soleil (Pathé) | ||
1908 |
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| Drapeau vert et bâton blanc (Pathé) | ||
| V'là le rétameur (Pathé) | ||
1909 |
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| La Jolie Boîteuse (Pathé) | ||
| Mamzelle Duplumeau (Pathé) | ||
| La Musette (Pathé) | ||
| Joséphine (Pathé) | ||
| La Noce d'un chef d'orchestre (Pathé) | ||
| J'ai du cinéma (Pathé) | ||
| Rentrons sans bruit (Pathé) | ||
1910 |
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| La Petite Tonkinoise (Pathé) | ||
| En revenant de la revue (Pathé) |
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