Georges DARET

(Paris, 1880->1934)

daret georges portrait

Jean-Claude SEGUIN

1

Georges, Eugène Daret épouse Séverin, Justine Palmyre. Descendance :

  • Georges Daret (Paris 3e, 05/11/1880-) épouse (Saint-Mandé, 20/04/1907) Augustine Gaspard (Oigny-en-Valois, 03/09/1881-Villers-Cotterets, 27/05/1975).
  • Alice, Clémence, Palmyre Daret (Issy-les-Moulineaux, 02/07/1887-) épouse (Antony-sur-Seine, 24/12/1921) Jean Malacamp (Villegly, 26/09/1879-)

2

Les origines (1880-1905)

Fils d'un gendarme, Georges Daret exerce la profession de boucher lors de son conseil de révision (matricule militaire. Il réside alors à Saint-Mandé. Il s'est engagé comme volontaire pour cinq ans le 27 janvier 1899 au 4e régiment d'infanterie de marine où il arrive le 1er février 1899. À cette époque, il est déjà recensé à Saint-Mandé. Passé à 9e régiment d'infanterie coloniale le 2 novembre 1901, il est au Tonkin du 2 novembre 1901 au 26 janvier 1904. Il est libéré du service actif le 27 janvier 1904.

Le cinématographe (1905-[1929])

Son arrivée chez Pathé est à situer vers 1905. Il est alors recensé (1906) à Saint-Mandé (83, grande rue de la République) avec son père et une "domestique", Augustine Gaspard (24 ans) qui va épouser peu après.

pathe operateurs 1906
"Und meine neuen Kollegen in Paris", photographie d'Hans Treyer de ses collègues opérateurs chez Pathé en 1906.
 Sous le cliché, Theyer indique égealement des noms, à savoir en haut (de gauche à droite) Chomón, Kesler, Duc; en bas Daret, Guichard, Maingaud et Serana (l'un des sujets n'est pas identifié).
source : FilmArchive Austria.
Reproduit dans MORRISSEY, 2021: 55. 

Dès le mois de juillet 1906, Georges Daret va accompagner Léo Lefebvre aux États-Unis et au Canada. Les deux hommes quittent Le Havre, à bord de La Provence, le 14 juillet et arrivent à New York le 20 juillet 1906. Il s'agit pour eux de prendre des vues pour la Société Française de Géographie et la Société Nationale des Conférences Populaires. À leur arrivée, ils prennent  quelques vues de la 5ª Avenue et du Pont de Brooklyn. Ils poursuivent leur voyage et se rendent ensuite au Canada où ils vont prendre quelques films des Chutes du Niagara. Leur tournée va les conduire de Toronto au Québec, d'Ottawa à Winnipeg où ils arrivent en septembre.Le journal local, le Winnipeg Free Press, donne bien des informations sur ce voyage et sur les vues que tournent les deux collaborateurs :

MOVING PICTURES OF WINNIPEG
French Experts to Operate Cinematograph on the Streets To-Day
The first cinematograph pictures of the streets of Winnipeg will be taken to-day by Leo Lefebre [sic], of Paris, France. These views are being made by Mr. Lefebre for the French Geographical society and the Society of Popular Conferences, of which Paul Dourmer [sic], president of the French house of deputies, and Maurice Berteaux, former minister of war, are the joint presidents. The pictures will be used in all parts of the world. Mr. Lefebre has with him as assistant, George Caret, an expert with the camera, who will make the views in this city. The Winnipeg views will be part of a collection which, when taken, will give a splendid presentation of Canada as it is at the present time.

"We began our work on the continent in the city of New York," said Mr. Lefebre to a Free Press reporter last night. "We made pictures of Fifth avenue, at the corner of 23rd street, and of the great Brooklyn bridge at the rush hour. Crossing to Canada; we got nine pictures of Niagara falls, photographing them from both the American and the Canadian sides, and in Toronto we got pictures of the arrival of the Chlppewa and the scenes at the corner of Yonge and King streets. In the province of Quebec we took many interesting pictures at Lake St. John, the Saguenay river, St. Anne de Beaupre, Roberval, Montmorenci falls, Ouiatchouan falls and the rapids at Chicoutimi, at Paspebiac and Port Daniel on the bay of Chaleur, at Quebec and Montreal. At Chicoutimi we took pictures of the wood pulp factories, giving a complete view of the various processes. In passing we got very fine views of the Thousand islands and in Ottawa we secured several views of the Rideau falls and the well known driveway.
"In Winnipeg we will get pictures of Main street and Portage avenue, and also the arrival of the transcontinental train on the Canadian Pacific railway. Our camera we will place on the forward portion of the street car, if we receive the permission of the management. The photographs will be shown in all parts of France and will give a true impression of the city. Most of the French people have the impression that at this time of the season the ground in the city of Winnipeg is covered over with the snow. Consequently they are afraid to come to this country. When they see the pictures taken at this time they will be the readier to come to the west, having learned that your climate is so much milder than they might have supposed.
"In Brandon we are making arrangements to take pictures of threshing operations and harvesting. We will endeavor to get the view of the threshing machines in full operation and also the view of the machinery as it is being removed from one farm to another. At Calgary we will see the Indians on the reserves and in British Columbia we will take most careful pictures of the salmon in the Fraser river and the methods of handling. For the Indians we have with us a great box of knives and boxes of handkerchiefs of bright colors for the women and children. We will, of course, get pictures of the Rocky mountains on the way through, having completed arrangements with the company to take pictures from the rear of the train as it passes through the denies.
Being asked regarding the possibility of gaining good views Mr. Lefebre stated that much depended on the skill of the operator. The angle at which the instrument would be held, even though the angle might be so slight as to be imperceptible, might convert what would otherwise be a very fine picture into a very poor one. The pictures which he and Mr. Daret were taking for the French societies would receive expert care In the city of Paris where they would be edited by the well-known firm of Pathe Brothers The gentlemen expect to get through with there work in Winnipeg to-day and to leave for the west to-morrow They carry with them the credentials of the minister of foreign affairs of France.


Winnipeg Free Press, Winnipeg, 26 de septiembre de 1906, p. 3.

On ignore si le tournage des vues à Winnipeg , dans les jours suivants, est effectif, maie la presse évoque quelques prises de vues au début du mois d'octobre :

Leo Lefebvre, of Paris, whose mission to take cinematograph pictures of Canada, which may possibly be produced before King Edward at Buckingham palace, came back from Brandon yesterday, having obtained the negatives of threshing operations, stacking, bugging and transporting. To-day he intends to take views the traffic passing at the corner of Portage avenue and Main street, and also of the arrival and departure of the transcontinental trains at the C.P.R. depot. He also proposes to make arrangements to obtain a picture of the dashing activity ot the city fire brigade. He leaves on Saturday for Sintaluta.


Manitoba Free Press, Winnipeg, 4 de octubre de 1906, p. 5

Il est probable que Léo Lefebvre et Georges Daret poursuivent leur voyage à travers le Canada sans que l'on sache où précisément. Les deux collaborateurs sont de retour à New York, le 17 novembre. Georges Daret réside à Saint-Mandé dès le 25 décembre 1906. On doit à Henri Stuckert quelques remarques savoureuses sur ce voyage et les dépenses qu'il a occasionnés :

Daret, l'opérateur (il a quitté le métier il y a déjà longtemps, il est maintenant à Oignies), il a fait un voyage, en Amérique, assez curieux. Il est parti avec un genre de metteur en scène qui s'occupait de tout. L'opérateur, lui, ne faisait que tourner. Quand il est revenu de là-bas, le patron le fait appeler et lui dit :
- "Mais, vous n'avez plus de dents dans la bouche ?"
- "Pourquoi ?"
- "On vous en a tellement arraché qu'il ne doit plus en rester".
Il y avait eu des notes de frais constamment : "arraché une dent à Daret..."  "Tant..."


CRH51-B2 (1948): réunion du 13 mars 1948.

Georges Daret poursuite ses activités et dès 1907, il figure comme opérateur dans un courrier adressé par la maison Pathé au préfet de la Seine afin d'autoriser plusieurs collaborateurs à pouvoir "photographier dans les jardins et lieux publics".

Grâce à son matricule militaire, on sait que Georges Daret part le 4 décembre 1909 pour un voyage en France qui doit durer quatre mois. À cette époque, la maison Pathé a fait construire des studios à Nice où s'installent les deux sociétés filiales La Nizza et La Comica. Peut-ètre faut-il situer à cette époque l'anecdote que rapporte l'homme clé de chez Pathé, Ferdinand Zecca à qui l'on doit cette anecdote sur le niveau culturel très relatif de certains collaborateurs :

Au cours des conversations que j'ai eues avec M. Zecca, nous avons évoqué de nombreux souvenirs, tantôt mélancoliques, tantôt gais.
Je n'étonnerai personne en disant que mon interlocuteur connaît un tas d'anecdotes qui réunies en volume feraient la joie d'unb éditeur.
Je me bornerai à en citer une qui eut pour cadre Villefranche, devant l'ancien bagne italien.
On tournait une scène du temps de Louis XIV.
Le metteur en scène, brave garçon, travailleur, débrouillard, était insuffisamment lettré.
Il se place, face à la baie magnifique et, là, désignant à son opérateur, d'un geste large:
- Prends-moi ça.
- Mais, dit l'opérateur qui était ce brave Daret, il y a des torpilleurs dans le fond !
- Qu'est-ce que ça peut te f... !
- Mais... il n'y avait pas de torpilleurs sous Louis XIV !
- Ah ! zut alors ! répond l'autre, s'il faut savoir l'histoire de France, pour faire du cinéma...


DEYRRES, 1922: 314.

Dans le même matricule militaire, on apprend également que le 31 juillet 1911, il déclare se rendre en Angleterre pour un séjour dont la durée est "indeterminée". Il est probable que ces déplacements aient à voir avec ses activités d'opérateur pour la maison Pathé.

Son nom est par ailleurs attaché à différentes anecdotes ou informations qu'il n'est pas aisé de situer dans le temps. Ainsi il semble avoir quelque importance au moment de la progressive installation de la lumière électrique dans les studios Pathé :

M. LANGLOIS.- Quand vous avez travaillé avec Gasnier et avec Nonguet, utilisaient-ils la lumière électrique ?
M. STUCKER.- Non, jamais. Ce n'est venu qu'après. C'est venu tout doucement, avec des tubes à mercure. A quel moment, je ne sais plus. On avait un appareil qui était haut comme ça, large comme ça, c'était pour faire de la pellicule avec des grandes images. C'était monté d'une façon spéciale.
On avait monté ça au premier étage. On avait commencé à essayer de la lumière électrique, avec la lumière à charbon et des tubes à mercure. C'était Daret qui devait s'occuper de ça. Et je lui disais : " Tu as de la veine, pas de bile à te faire, c'est toujours la même lumière".


CRH51-B2 (1948): réunion du 13 mars 1948.

Selon A. Gibory, Georges Daret, après une erreur technique assez grossière, quitte ses fonctions pour rejoindre avec Adolphe Gaveau les "Actualités", probablement le Ciné-journal de Pathé :

M. GIBORY.- Les appareils se touchaient le plus possible. On calait le pied des appareils avec des poids de fonte, pour que ça ne bouge pas.
Ce jour là, Daret avait mis un nouvel objectif à onze ouvertures. D'habitude, il avait toujours des objectifs à douze ouvertures. Tous ses négatifs au studio, étaient toujours tournés à douze ouvertures, on ne diaphragmait pas. Et ce jour là, ses foyers ne correspondaient pas, c'était cotonneux, il y avait une petite différence. Ses négatifs furent refusés. On ne savait pas bien encore... quand il avait tourné de cette manière là dans le Dauphiné, ses négatifs étaient nets, mais au studio... parce qu'il avait négligé de diaphragmer... en diaphragmant un objectif, vous ramenez la mise au point.
Et c'est comme ça que j'ai été lancé. Parce qu'on a pris les négatifs du deuxième opérateur...
Pauvre Daret, il a été embêté, et il est parti aux Actualités, avec Gaveau, rue des Vignerons.


CRH49-B2 (1948): réunion du 7 février 1948.

L'une des dernières informations concerant Henri Daret c'est le voyage qu'il effectue en Rhodésie à l'occasion du tournage d'un film dont le clou sont des chasses :

Vers le milieu de janvier partira pour la Rhodésie une mission cinématographique composée du commandant italien Gatti, chef de la mission, et trois opérateurs des Cinéromans: Arnoult, Daret et Forestier. Cette mission se propose de filmer des chasses qui seront le "clou" d'un scénario dont l'action se passera entièrement en Afrique.
Le développement des négatifs et le tirage des copies se feront sur place. Le matériel nécessaire à ces travaux a été expédié par wagon spécial jusqu'à Venise, où toute la troupe embarquera sur un bateau aménagé spécialement.


Pour vous, nº 8, 10 janvier 1929, p,. 13.

En 1934, il s'installe à Oigny-en-Valois d'où est native son épouse.

Sources

DYERRES Georges, "Deux Pionniers du cinéma. Petite histoire du Phono et du Cinéma. Quelques jours avec MM. Ch. Pathé et Zecca", Cinémagazine, 2e année, nº 20 (19 mai 1922, p. 218-223) et nº 22 (2 juin 1922, p. 310-315).

LEFEBVRE Léo, "Comment j'ai filmé les chutes du Niagara", Ciné-Miroir, 1re année, 1er octobre 1922, nº 11, p. 175.

MORRISSEY Priska, Les As de la manivelle, Paris, FRHC, 2021, 462 p. 

4

         

Contacts