WARWICK TRADING COMPANY (1898-1906) 

historique

Jean-Claude SEGUIN

The Warwick Trading Company (1898-février 1903)

1899 warwick trading company
E. J. Wall, Carbon Printing, Londres, Hazell Watson & Viney Ld., 1899, p. XXII

En 1898, Franck Zeveley Maguire et Joseph Deyoe Baucus s'associent avec Charles Urban et la société prend le nom de Warwick Trading Company. La société va développer le secteur de la prise de vues et, à ce titre, elle va disposer d'un certain nombre de cinématographistes comme Walter GibbonsJoseph RosenthalEdgar Hyman... qui vont parcourir de nombreuses contrées à la recherche de sujets pour la production de la socitété. La presse britannique, et tout particulièrement The Era suit presque pas à pas l'évolution de la production de la société qui fait passer de très nombreux encarts où figurent un qualité importante de titres. Les publicités arrivent parfois à occuper toute une page comme lorsque la Warwick annonce des changements de prix.

1900 12 01 warwick tarif 1901 01 25 warwick showman
The Era, Londres, samedi 1er décembre 1900, p. 23. The Showman, Londres, 25 janvier 1901, p. 1. 

1903 warwick music hallMusic Hall and Theatre Review, Londres, mardi 9 janvier 1903, p. 27.

The Warwick Trading Company (succursale de Paris) (novembre 1902-mars 1903)

Dès 1896, à l'adresse 33, passage de l'Opéra on trouve le Cinématographe-Kaiser:

Le Cinématographe-Kaiser
12, boulevard des Italiens, 33, passage de l'Opéra, a ses bureaux de vente pour les appareils et films, scènes de tous pays, 27, rue du Château-d'Eau.


La Presse, Paris, dimanche 20 décembre 1896, p. 3

On y trouve également, en 1899, les bureaux du journal Le National (1899-) dirigé par Eugène Paul-Emile.

Même si la Warwick ne dispose pas encore d'un local à Paris, la société entretient déjà des relations avec des maisons françaises, dont elle assure la diffusion sur le territoire britannique. Parfois, il existe de réelles collaborations comme dans le cas du film Le sacre d'Édouard VII tourné par Georges Méliès à sa demande :

Le directeur de la Warwick Cie avait loué à prix d'or, sur les divers parcours que devait suivre le cortège, les meilleures places, afin de permettre à ses opérateurs de le cinématographier au passage.
Au dehors, la chose était relativement facile. Mais comment faire pour le sacre, qui devait avoir lieu dans un endroit interdit à tous les profanes ?
C'est alors que l'idée vint à M. Warwick de s'adresser à M. Meliez, le directeur actuel du théâtre Robert-Houdin, pour qui l'art de la cinématographie n'a plus de secrets. L'artiste français accepta de reproduire, avec des personnages se mouvant dans le cadre grandiose de Westminster, la cérémonie intérieure du couronnement. Les bandes pelliculaires de ce sacre avant la lettre devaient être livrées la veille ou l'avant-veille des fêtes anglaises.
[...]
En attendant, ce contre-temps coûte à la Warwick C° le joli denier de 20,000 francs. Ce chiffre peut paraître exagéré, mais on se rendra compte facilement qu'il n'en est rien, si l'on songe que, sans compter la fabrication du matériel, M. Meliez a eu pour 7,000 francs de location de costumes, que les séances de tous les artistes ont coûté plus de 3,000 francs.

Et voilà comment, ajoute notre aimable interlocuteur en nous reconduisant, nous avons couronné le roi Edouard à Montreuil-sous-Bois !
Lucien VRILY.


Le Petit Parisien, Paris, dimanche 29 juin 1902, p. 1-2.

L'installation de la Warwick Trading Company (succursale de Paris) est à situer en novembre 1902 comme l'indique Charles Urban:

In paris, I should tell you, we have an office, which was opened in November last, where I have the full control of all the Warwick Trading Company's products.


The Era, Londres, samedi 2 mai 1903, p. 21.

 Dès le mois de décembre, la maison fait passer des annonces dans L'Industriel forain.

1902 warwick industriel forainL'Industriel forain, nº 697, Paris, samedi 13 décembre 1902, p. 2.

C'est également en décembre que la presse britannique évoque la succursale de Paris:

1902 01 10 32 the era
The Era, Londres, samedi 13 décembre 1902, p. 36.

Dès le début de l'année 1903 on y vend des vues cinématographiques:

M. le Directeur de la Warwick Trading Co. Ltd, 33, passage de l'Opéra, à Paris, nous informe qu'il met en vente une collection très intéressante de vues cinématographiques des différentes phases de l'insurrection au Maroc


L'Information photographique, février 1903, p. 40.

Dans la même revue la Warwick Trading Company Ltd se paie un encart pour annoncer son installation à Paris:

The Warwick Trading Company Ltd
4 & 5, Warwick Court.-HIGH-HOLBORN.
London, W. C.
AU COMMERCE CINÉMATOGRAPHIQUE

La demande croissante pour nos produits de nos clients du Continent a nécessité l'établissement de notre Branche à Paris, consistant en un bureau et dépôt, d'où nos affiares continentales pourront être traitées mieux et plus promptement qu'auparavant.
Ceci est un grand avantage pour le commerce, car nous allons tenir en stock à notre nouveau local nº 33, passage de l'Opéra, Paris, tous les renommés Projecteurs, Cameras, et Film-Sujets, "WARWICK", Pellicules Positives et Négatives "WARWICK" et "BLAIR" et Accessoires les plus nouveaux et perfectionnés.
Cet arrangement facilitera le choix de Machines et de Film-Sujets avant de les acheter et assurera une prompte exécution de toutes les commandes. Les sujets les plus importants des Films "WARWICK" et "STAR" seront tenus en stock et projetés par le Bioscope à notre local, pour votre inspection, avant l'achat.
En même temps nous venons d'obtenir l'agence exclusive pour la vente des articles de tous les autres importants Fabricants de Pellicules Américains et Anglais, et nous allons tenir en dépôt leurs meilleurs sujets.
Tous les Films que nous vendons proviennent uniquement de Négatives originales.
THE WARWICK TRADING COMPANY Ltd.


L'Information photographique, février 1903, p. 46.

Curieusement on retrouve Franck Zeveley Maguire à cette même adresse qui commercialise les appareils Rover's & Simplex.

maguire 1903 paris
The New York Herald, New York (edition europénne), Paris, jeudi 22 janvier 1903, p. 6.

Quant au responsable de la filiale, ça n'est autre que George-H. Rogers  qui collabore déjà depuis quelques années avec Charles Urban:

A l’origine, M, Charles Urban avait créé à Paris une maison de vente dont il avait confié la direction à un principal disciple et compatriote, M. Rogers. Celui-ci avait comme son maître l’amour du métier, il se consacra si ardemment à la maison parisienne que celle-ci atteignit bientôt un développement égal au siège de Londres. M. Urban pouvait difficilement mener de front deux affaires aussi importantes et leur donner à toutes deux l’extension dont elles étaient susceptibles. M. Rogers sentait de son côté que la maison de Paris pouvait atteindre entre ses mains un très gros chiffre d’affaires, il proposa donc à M. Charles Urban d’acheter et d’exploiter pour son compte la maison de Paris. Celui-ci accepta.


L'Information financière, économique et politique, Paris, lundi 22 avril 1907, p. 2.

En février 1903, Charles Urban quitte la société Warwick Trading Company pour fonder la Charles Urban Trading Company, annoncée dans la presse dès le mois d'avril 1903.). En ce qui concerne la succursale parisienne, L'Industriel forain permet de suivre la situation. Jusqu'au mois d'avril, on trouve régulièrement des annonces concernant des films et une publicité reproduite dans tous les numéros.

1903 04 12 18 annonceL'Industriel forain, nº 714, Paris, 12-18 avril 1903, p. 3.

La presse londonienne a déjà anticipé les changements dès le début du mois d'avril.

urban 1903 04
The Era, Londres, samedi 4 avril 1903, p. 33.

Mais, dans le dernier numéro du mois d'avril de L'Industriel forain, on publie une annonce où le nom de la société Warwick est clairement associé - pour la première fois - à Charles Urban. Une revendication tardive qui pourrait bien trahir une situation plus complexe.

1903 04 24 30 filmsL'Industriel forain, nº 716, Paris, 24-30 avril 1903, p. 3.

Ces annonces sont publiées tout au long du mois de mai. Dans le numéro 721 de L'Industriel forain (31 mai-6 juin 1903), un nouvel encart est publié, désormais sous le nom de "C. Urban Trading Cº.

1903 05 31 urban industrielL'Industriel forain, Paris, nº 721, 31 mai au 6 juin 1903, p. 3.

The Continental Warwick Trading Co ([1903]-1913])

Charles Raleigh et Robert J. Schwobthaler, qui, proposent à la vente dès 1903, des productions de la Warwick Trading Company, sont installés 33, passage de l'Opéra, adresse de la Warwick avant sa séparation de Charles Urban. C'est alors que naît la Warwick Continental Trading Co et que Raleigh et Robert déposent les marques "Warwick" (28 novembre 1904) et "Continental Warwick Trading Co Ltd, Paris" (24 février 1905). La filiale s'installe au 16, rue Sainte-Cécile. Au nombre de ses cinématographistes les plus connus, on compte Félix Mesguich, qui raconte dans Tour de manivelle comment il est engagé de janvier à décembre 1905. En janvier 1905, Léo Lefebvre rachète plusieurs brevets de l'American Biograph Mutoscope Français, ce qui semble le conduire à collaborer avec la société. Outre sa fonction de cinématographiste, il va occuper celle de directeur artistique :

The Continental Warwick Trading Company avait convié hier soir la presse et quelques intimes à assister à une séance de projections cinématographiques des plus intéressantes. La vaste salle de la rue Sainte-Cécile, dont les honneurs étaient faits avec une bonne grâce parfaite par notre confrère et ami Léo Lefebvre, directeur artistique, était trop petite pour contenir les invités de MM. Raleigh et Robert.»


L’Auto, Paris, mercredi 27 septembre 1905, p. 5.

Le départ de Félix Mesguich à la fin de l'année 1905, et les nombreux voyages de Léo Lefebvre qui l'éloignent de la Continental Warwick Trading Cconduisent la société à faire appel à de nouveaux cinématographistes dont Maurice Livier, âgé d'à peine vingt ans, et qui va connaître son heure de gloire en participant à la course New-York-Paris. Une photo le représente, juché sur une voiture, devant les bureaux de la société, tenant entre les mains un appareil cinématographique.

continental warwick trading
La course New-York-Paris: Maurice Livier  de la maison Raleigh et Robert (Paris, 1908) [D.R.]

Sur une autre photo où figurent RaleighRobert et Livier, on aperçoit les noms des deux propriétaires sur la devanture de la Warwick Continental Trading Co.

continental warwick trading 02
Maurice Livier entre Raleigh et Robert (Paris, 1908) [D.R.]

L'annuaire du Commerce (Didot-Botin) l'annonce encore en 1909. Le 19 avril de cette année, l'usine et le théâtre qui se trouvent à Neuilly-sur-Seine sont la proie des flammes. La société est liquidée en 1913.

Sources

LEFEBVRE Thierry et Laurent MANNONI, "Annuaire du commerce et de l'industrie cinématographiques", 1895, nº hors-série "L'année 1913 en France", octobre 1993, p. 11-65.

Le monde de Steven Weinberg. (1) Le défi ultime, http://www.weinberg.lu/autour-monde-petite-2010-2011-31-500-km-4cv/le-defi-ultime/

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