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GRUPO DE REFLEXIÓN SOBRE EL MUNDO HISPÁNICO

PARIS

Jean-Claude SEGUIN

Paris, chef-lieu du département de la Seine et capitale de la France, compte 2.536.834 habitants (c. 1894).

Le Cinématographe de la Chambre Syndicale des Débitants de Vins (Hôtel Moderne, 18 février 1903)

La Chambre Syndicale des Débitants de Vins organise son bal annuel le 18 février. Pour l'occasion, un cinématographe présente des vues animées :

[...] Je suis heureux de proclamer que la soirée du 18 février 1903 est digne d'être glorieusement inscrite dans les fastes de notre corporation.
[...]
LE BAL
Je crains bien que l'an prochain les salons de l'Hôtel Moderne soient trop petits, car le bal de la Chambre syndicale a eu un tel succès que très certainement on en parlera pendant longtemps encore.
[...]
LE CINÉMATOGRAPHE
Danseurs ete danseuses désertent pour un moment les salles de bal pour qu'on installe des chaises afin que tous les invités puissent commodément assister à la séance de cinématographe. Et bientôt nous pouvons goûter cette attraction si captivante. Jugez par le programme si nous avons été servis à souhait:
Biagnade de chevaux. Sauts de haies, chevaux en liberté.-Le Shah de Perse à Paris Promenade.-La Catastrophe du ballon de Bradsky.-La table magique.- Les fêtes du couronnement d'Edouard VII, roi d'Angleterre. Grand défilé du cortège. Revue navale.- Ballet des Nations.-Gulliver chez les Lilliputiens et les Géants. Grande féerie avec changements à vue et transformations extraordinaires.-Gymkana.-Les Cyclistes du commandant Gérard aux manoeuvres.-Le Raz Makonen à Paris.-Salut au Drapeau.-Une bonne gamelle.-Une course pressée.-Tribulations d'un réserviste.
N'y a-t-il pas là de quoi satisfaire les plus difficiles ? Et quel meilleur moyen de se reposer les jambes en se délectant les yeux ? Aussi les tableaux à dessein choisis dans les genres les plus divers excitent tout à tout notre admiration, notre curiosité et aussi notre gaieté. Un fumiste, qui a sans doute le culte des plaisanteries vieilles d'un an, s'écrie bien à tue-tête : "Mârrie !" Mais je crois bien que ce n'est pas le même qu'en 1902. Comme les plus beaux spectacles passent vite ! Les cocasses tribulations d'un réserviste prennent fin, les lustres projettent à nouveau la fulgurante clarté de leurs lampes électriques et, le temps de ranger les chaises le long des murs, le bal recommence sans qu'aucune défection se produise.


Bulletin commercial des vins et alcools, Paris, dimanche 22 février 1903, p. 1.

{slider Le Royal Diograph (Moulin-Rouge, 30 avril-juillet 1903)}

C'est à partir du mois de mai que le Moulin-Rouge accueille pour quelque temps un Royal Biograph (sous le nom Royal Diograph). Il ne s'agit pourtant que d'un numéro parmi bien d'autres que l'on présente dans ce music-hall qui s'est rendu universellement célèbre grâce à son " Quadrille naturaliste ". C'est en 1902 que d'importants travaux sont effectués dans l'établissement de Joseph Oller, et le 5 mars 1903, la nouvelle salle est inaugurée. Quelques semaines plus tard, le Royal Biograph fait son apparition pour la première fois :

Ce soir, au Moulin-Rouge, pour la première fois, le Royal Diograph, fera défiler devant les dîneurs du restaurant le voyage du Président en Algérie. Julien, qui est débordé depuis qu'il a pris la direction du restaurant, toute sa clientèle élégante l'a suivi au Moulin-Rouge, ne répond pas des tables après huit heures trois quarts. Aujourd'hui et demain, deux dernières représentations de l'Américain Cook, le désopilant acrobate ; avec à ceux qui n'ont pas encore applaudi l'homme le plus drôle du monde. Le succès fou de Strongfort, l'hercule écrasé en scène par une automobile augmente tous les jours et Miss Noisett et ses trois frères continuent, dans le Cercle de la mort, à faire frissonner la salle.


La Lanterne, Paris, 30 avril 1903, p. 4.

Quelques jours plus tard, d'autres vues sont annoncées :

Au Moulin-Rouge ont lieu, ce soir, les débuts sensationnels de miss Etta, qui vient d'attirer pendant deux mois toute l'aristocratie anglaise à l'Alhambra de Londres. Surnommée la Mme Sans-Gêne du trapèze, nul doute qu'elle n'obtienne à Paris le même succès, au milieu de cette pléiade d’étoiles composée de Lionel Strongfort, l'écrasé quotidien ; miss Noizet et ses frères, créateurs du cercle de mort ; les Napols, les Fitzgerald, etc...
Signalons que, le soir même de l'arrivée d'Édouard VII, le Royal Diograph en offrait la primeur aux dîneurs du restaurant Indien, stupéfaits de ce tour de force. Ce soir, la revue de Vincennes.


Le Journal, Paris, 5 mai 1903, p. 1.

L’appellation " Royal Diograph " n'est sans doute pas une coquille, car Edgard Normandin, le frère d'Ernest Normandin, a déposé la marque " Diograph ", en 1898, pour un appareil chronophotographique. Les vues évoquées Le Voyage du Président en AlgérieL'Arrivée du roi Édouard VII et La Revue de Vincennes sont difficilement identifiables dans la mesure où plusieurs éditeurs de films proposent des titres similaires. Par la suite, très peu d'informations jusqu'au mois de juillet où il est question pour la dernière fois, semble-t-il, du Royal Diograph :

Quel est le music-hall de Paris où l'on voit le plus de jolies femmes ?
Telle est la question que nous voulions poser à nos lecteurs, puisque les concours sont aujourd'hui à la mode.
Mais on nous a très justement fait remarquer qu'il n'y aurait qu'une réponse unanime et que l'établissement désigné d'un commun accord serait le Moulin-Rouge.
Tous les soirs, la jolie Marville, la toute mignonne Ellen Baxone, entourée d'un bataillon de délicieuses misses Cocktail's font acclamer la Belle de New-York, le plus grand succès d'opérette que l'on ait eu à enregistrer depuis vingt-cinq ans.
Après ce merveilleux spectacle, on peut applaudir l'énigmatique Phroso, qui continue tous les soirs à déchaîner l'enthousiasme, et le Royal Diograph.


La Lanterne, Paris, 18 juillet 1903, p. 1.

Répertoire (autres titres) : Le Voyage du Président en Angleterre (La Lanterne, Paris, 16 juillet 1903, p. 3).

{slider Le Cinématographe du docteur Doyen (Nouvelle clinique, 14 mai 1903)}

C'est à l'occasion de l'inauguration de son nouvel Institut de Chirurgie, que le docteur Doyen a invité des membres de la presse parisienne. La nouvelle clinique se trouve rue Racine et tout est parfaitement orchestré et le cinématographe est également à l'honneur :

Le Cinématographe
Dans un coin de la salle, une sorte de logette vitrée et surélevée sert au fonctionnement du cinématographe. Le cinématographe reproduisant des opérations ! voilà une chose que Doyen n'a pu faire « avaler » au public ; l’a-t-on blagué, ce procédé, qui est pourtant l'un des meilleurs que l'on connaisse pour apprendre aux intéressés certaines méthodes opératoires. Avant-hier, dînant à la salle de garde d'un grand hôpital parisien, j'entendais précisément chanter, par un interne, une chanson – très drôle, d'ailleurs, et dont Doyen serait le premier à rire – dont un couplet évoque Doyen opérant, tandis que vingt cinématographes fonctionnent à la fois ! Eh bien ! il faudrait pourtant avertir le public qu'il se montre injuste en faisant peser un discrédit, une accusation de charlatanisme sur l’homme qui eut le premier, l'idée ingénieuse d'enregistrer pour les étudiants d'aujourd’hui et de demain un souvenir exact, complet, visuel enfin, d'opérations qu'il exécute avec une maîtrise unique. Devant ses invités d'hier, Doyen s'est expliqué avec bonne grâce sur ce reproche qui lui tient à cœur, et il nous a tous gagnés à la cause du cinématographe en nous faisant assister à une séance qui reproduisait quelques-unes de ses plus curieuses interventions.
Ces projections nous furent offertes dans une grande salle du rez-de-chaussée, qui sert à la mécanothérapie, à la gymnastique rationnelle. Cette mécanothérapie, c'est-à-dire le traitement par le mouvement, prend aujourd'hui une extension énorme. Que ce soit par le sandow ou par les appareils compliqués comme ceux que nous vîmes hier, chacun désormais s'agite méthodiquement… et voilà que les spécialistes des maladies nerveuses s'accordent eux aussi à préconiser la mécanothérapie à leurs clients.
Auprès de cette, vaste salle de gymnastique on a placé l'installation hydrothérapique. Plus loin, nous trouvons des ateliers où plusieurs ouvriers travaillent en permanence pour les moulages et la fabrication des appareils orthopédiques. La clinique présente en effet cette particularité d'être comme un organisme complet et de- suffire par elle-même à ses besoins elle fabrique même son électricité.
Louis Paillard.


La Presse, Paris, 17 mai 1903, p. 1-2.

L'article, tout à la gloire du célèbre docteur, n'offre pas, comme celui de son confrère du Rappel, la réaction du public qui est pour le moins secoué par ces images fortes :

Puis, après une visite à la salle de photographie, les invités du docteur Doyen assistèrent à une série d'opérations : ablation d'un goitre, d'un rein, résection d'un genou au moyen de la scie circulaire, opération d'une tumeur fibreuse abdominale, amputation d'une jambe et ouverture d'un ventre avec double manœuvre de la table opératoire.
Un peu pâles, les yeux vagues des gens mal à l'aise, ils regardaient, horrifiés... et c'est avec un soupir de soulagement qu'ils virent cesser cette séance de... cinématographie chirurgicale.


Le Petit Parisien, Paris, 15 mai 1903, p. 4

Les projections d'Eugène Doyen laissent rarement indifférent le public souvent non averti et la violence des images, leur " vérité " est parfois insoutenable.

{slider Le Bioscope du Jardin de Paris (Champs-Elysées, <27 juin- [5] septembre 1903)}

Au jardin de Paris, fonctionne le Bioscope à la fin du mois de juin :

Au Jardin de Paris, fraîcheur, gaieté, élégance, voilà ce que trouvent en ce moment les étrangers et Parisiens de marque, sans compter un programme absolument varié et des attractions hors ligne, entre autres le Bioscope, de Ch. Urban, tout à fait intéressant la belle Debauga dans ses poses lumineuses, et les danses de l'American Cake-Walk, exécutées par les meilleurs lauréats des concours de Paris.


Le Matin, Paris, 27 juin 1903, p. 5.

Le Bioscope propose également des vues cinématographiques tournées très récemment :

Au Jardin de Paris, un vrai tour de force a été exécuté par le Bioscope de Ch. Urban; samedi soir il a fait admirer à l'êtégante clientèle, et à 48 heures d’intervalle seulement, la course d’automobiles dite Coupe Gordon-Bonnette 1903, qui a été couru jeudi dernier en Irlande; la série des vues a vraiment intéressé le public qui n’a cessé d’applaudir avec insistance ce merveilleux résultat; c’est le record de célérité d’actualité qui a été gagné par l’Américain Bioseope.


Le Soir, Paris, 6 juillet 1903, p. 3.

En septembre, le Bioscope fonctionne encore :

Le beau temps qui nous favorise en cette flin de saison augmente la vogue du Jardin de Paris, aussi les Parisiens et les étrangers de marque viennent en foule se reposer des chaleurs de la journée, applaudir un excellent programme et goûter, grâce au Bioscope de Ch. Urban, l'illusion d’un vrai voyage en Suisse.


Le Jockey, Paris, samedi 5 septembre 1903, p. 1.

Répertoire (autres titres): Le Voyage de M. Loubet à Londres (La Lanterne, Paris, vendredi 10 juillet 1903, p. 3), La Revue de Longchamp (L'Éclair, Paris, mercredi 15 juillet 1903, p. 4), La Chasse au cerf, L'Ascension du Mont-Blanc (Le Jockey, Paris, samedi 1er août 1903, p. 1), Le Voyage au Canada (Le Jockey, Paris, samedi 22 août 1903, p. 1).

{slider L'American Biograph (Aérodrome de la Porte-Maillot, 20- > 23 juillet 1903)}

Des projections cinématographiques sont organisées à l'aérodrome de la Porte-Maillot à partir du 20 de juillet 1903 :

Aujourd'hui, à l'aérodrome de le Porte-Maillot (Ballon captif), inauguration des projections gratuites en plein air - sur écran de dix mètres carrés - par l'American Biograph du Casino de Paris et du Palace-Théâtre de Londres : Vues uniques et inédites de S. S. Léon XIII au Vatican. Magnifiques panoramas. Programme très varié. Tous les soirs, de 9 à 11 heures (sauf en cas de pluie).


Gil Blas, Paris, 20 juillet 1903, p. 4.

Elles s'interrompent peu après à la suite de la mort du pape :

Par suite de la mort du Pape Léon XIII, les projections de l'American Biograph, de l'aérodrome de la Porte-Maillot, ont été suspendues hier.
A dater de ce soir, reprise des vues uniques et inédites du Pape Léon XIII au Vatican.
Programme très varié, et projections gratuites.


La Presse, Paris, 22 juillet 1903, p. 4.

{slider Le Realgraph du Moulin-Rouge (90 boulevard de Clichy, 23 juillet-31 août 1903)}

Alors que les séances du Royal Diograph viennent à peine de prendre fin, un nouvel appareil, dont le nom Réalgraph a été déposé par le frère d'Ernest Normandin, Edgard Normandin, prend la suite pour continuer à offrir des séances de vues animées. Même si l'annonce suivante paraît à plusieurs reprises, elle ne nous éclaire guère sur la nature de ce nouveau cinématographique, ni sur la qualité des projections :

MOULIN-ROUGE (508-63) D. P., L. -Flers, 8 h.-Phroso. La Belle de New-York. The Realgraph. Restaurant dans la salle et dans le Jardin d'Été.


Le Matin, Paris, 23 juillet 1896, p. 6.

La dernière annonce date du 31 août 1903.

{slider Le Realgraph du Nouveau-Cirque (247 rue Saint-Honoré, 4 septembre 1903-septembre 1903)}

Le Realgraph qui s'installe au Nouveau-Cirque dans les premiers jours de septembre pourrait bien être celui qui quelques jours au préalable a présenté des vues animées au Moulin-Rouge. En tout cas, la presse est un peu plus loquace lorsqu'elle évoque l'inauguration :

RÉOUVERTURE DU NOUVEAU CIRQUE
Hier a eu lieu la réouverture du Nouveau-Cirque de la rue Saint-Honoré, si aimé des Parisiens. La salle, comme d'habitude, offrait un coup d’œil charmant.
M. Houcke, l'habile " manager ", a su réunir une troupe hors de pair, aux numéros comme toujours passionnants.
Citons notamment une grande nouveauté, le " Réalgraph ", d'une précision telle que l'on croirait avoir la réalité sous les yeux. Mlle Blanchet de Paunac mérite bien son nom de " mystérieuse ". Sybille d'une habileté surprenante, ses expériences de télépathie déroutent la raison, et ses réponses instantanées aux questions les plus inattendues confondent l'imagination. Les exercices équestres de Harry et de sa jeune sœur Eva ont fait sensation. Très applaudis aussi, les deux jeunes Patty, équilibristes et jongleurs incomparables.
La belle Américaine, Rita del Erido, la très élégante et très troublante écuyère de haute école, a montré, comme toujours, sa haute intelligence du cheval et sa grâce de femme du monde. Les habitués l'ont revue avec plaisir, et elle a bien justifié l'ovation générale qui a été faite à sa beauté et à son talent. Puis tout un lot de clowns sont venus jeter la note gaie. Au premier rang, Foottit et Chocolat, dont les excentricités ont provoqué le fou rire habituel. Mentionnons encore les Gatty et Jack. Pour terminer le spectacle, nous avons eu des exercices de natation, par des plongeurs extraordinaires.
Cette série d'attractions a obtenu le plus grand succès, et on peut augurer que les représentations se succéderont, très courues et très fructueuses.


Le Matin, Paris, 5 septembre 1903, p. 5.

Combien de temps l'appareil est-il resté au Nouveau-Cirque ? En tout dès le 8 septembre les annonces disparaissent.

{slider Le Realgraph du Ba-Ta-Clan ([26] septembre 1903-[2 octobre] 1903)}

Une nouvelle fois, le realgraph - s'agit-il toujours du cinématographe dont le nom a été déposé par Edgard Normandin, frère d'Ernest Normandin se retrouve dans une salle de spectacles. Cette fois-ci, c'est au Ba-Ta-Clan qu'il présente des vues animées :

A Ba-Ta-Clan [...]
Les vues projetées par le célèbre Réalgraph, qui sont la plus grande attraction de Londres, et dont Ba-Ta-Clan s'et assuré l'exclusivité, ont intéressé au plus haut point.


Le Journal, Paris, 26 septembre 1903, p. 4.

De manière assez exceptionnelle, nous connaissons le titre de quelques vues annoncées dans Le Figaro du même jour :

A Ba-Ta-Clan, au succès de Mme Méphisto, succède celui de la gentille opérette de M. Trébla et Schwoeblé : Cendrillette ou la Culotte merveilleuse. Succès partagé par les interprètres, en tête Mlle Milcent et M. Darthaud, excellents chanteurs doués de jolies voix comme on en rencontre rarement au concert. Puis le "black-américain" Foot Ger's, et la grosse attraction, les merveilleuses vues du Réalgraph, dont Ba-Ta-Clan s'est assuré la propriété : Le magnifique travail des abeilles, les moeurs des serpents, caméléons, etc., etc.
A ce beau programme viendra s'ajouter, le 3 octobre, Inaudi, le prodigieux calculateur.


Le Figaro, Paris, 26 septembre 1903, p. 4.

Le répertoire proposé pourrait évoquer une programmation de vues de la Bioscope Films. Les annonces disparaissent dès le début du mois d'octobre.

{slider L'Urban Bioscope (Théâtre du Moulin-Rouge, <30 octobre 1903)}

En octobre, le théâtre du Moulin-Rouge propose une série de vues scientifiques de la collection Urban :

Le monde invisible
Le théâtre du Moulin-Rouge, à Paris, présente au public un numéro original qui mérite d'être signalé en raison de son intérêt scientifique.
Sous le nom de « Urbain Bioscope et le monde invisible », on fait défiler sous les yeux des spectateurs une série d'études microscopiques cinématographiées, c'estàdire que l'on peut suivre sur un écran lumineux les mouvements d'êtres microscopiques grossis de 10 à 10,000 fois.
Ces vues cinématographiques sont particulièrement remarquables par leur netteté, leur clarté et la grande quantité de détails que l'on peut y distinguer.
Une série de vues permet de suivre les différentes phases de la vie des abeilles dans une ruche; la cinématographie d'une goutte d'eau de rivière avec sa faune et sa flore; une autre série représente un morceau de fromage sur lequel on distingue avec une grande netteté les mouvements des acariens qui l'habitent; signalons aussi la vue cinématographique de la circulation du sang dans les vaisseaux de la palme d'une patte de grenouille; d'autres vues enfin reproduisent les mouvements de différents animaux: insectes, serpents, batraciens, etc.
C'est la première fois, croyons-nous, que l'on est arrivé à cinématographier, avec de tels grossissements, les mouvements des infiniment petits.
Cette nouvelle application du cinématographe pourra rendre de grands services; il sera facile maintenant de présenter à un public nombreux les détails que l'on ne pouvait voir jusqu'à présent que dans le champ d'un microscope.


Journal du Jura, Bienne, vendredi 30 octobre 1903 (supplément), p. 1.

{slider Le cinématographe du Musée Grévin (10 boulevard Montmartre, 28 octobre-> 4 décembre 1903) → 1904}

Le Musée Grévin offre des projections cinématographiques:

Spectacle absolument unique au Cinématographe des Grands Magasins Dufayel, qui détient toujours le record de l'actualité en présentant à ses nombreux spectateurs les plus intéressantes vues prises au cours du voyage à Paris des souverains d'Italie.
Le programme comprend également l'Epopée napoléonienne, grande reconstitution historique faisant l'objet de quatorze tableaux en couleur, ainsi que la Belle au Bois dormant, féerie à grand spectacle en 11 tableaux de couleurs et quantités d'autres scènes comiques et à transformations qui constituent un ensemble parfait.


Le Pays, Paris, mercredi 28 octobre 1903, p. 4.

Les annonces pour pour l'essentiel assez lapidaires :

Musée Grévin. Entrée: 1 fr.-Une réception chez l'empereur Menelick; Bonaparte à la Malmaison; SS. Léon XIII et le cortège pontifical; le journal lumineux par le cinématographe.


La France militaire, Paris, vendredi 4 décembre 1903, p. 4.

Les séances  se prolongent l'année suivante.

Répertoire (autres titres): Le Roi et la Reine d'Italie à Paris, tous les épisodes du séjour: Paris, Versailles, revue de Vincennes (La Dépêche coloniale, Paris, 9 novembre 1903, p. 4).

→ 1904

{slider Le Cinématographe  Pathé (Salon des Abonnés du Figaro, <6> novembre 1903)}

Le salon des abonnées du Figaro propose des projections cinématographiques :

NOTRE SALON DES ABONNÉS
Aujourd'hui, à cinq heures, dans notre SALON DES ABONNÉS, séance hebdomadaire de cinématographie. En voici le programme : -« Au feu ! » — « Le déshabillé désopilant ».— « Le chien et la pipe ». — « Les éléphants ». — « Croiseurs cuirassés ». — « Statues vivantes ».
Le spectacle se terminera par la nouvelle « Course de taureaux » que vient de faire prendre à Barcelone le Cinématographe Pathé et qui est certainement ce qu'on a fait de mieux jusqu'à présent en vues cinématographiques.
Le piano sera tenu par le compositeur A. Gnocchi, qui a bien voulu nous prêter son concours.
L'affluence des spectateurs a été telle, vendredi dernier, que quelques abus se sont produits. Nous rappelons à nos abonnés et lecteurs que, pour ces séances, il est nécessaire d'être muni de la carte du SALON DES ABONNÉS, qui sera réclamée à l'entrée. Les personnes accompagnant le titulaire d'une carte devront se présenter en même temps que lui au contrôle du Salon.
Nous donnerons d'ailleurs comme d'habitude une séance supplémentaire à cinq heures et demie.


Le Figaro, Paris, vendredi 6 novembre 1903, p. 1.

Les programmes continuent d'être annoncés en décembre :

Notre Salon des Abonnés
Aujourd'hui à cinq heures, séance cinématographique hebdomadaire au Salon des abonnés.
Au programme une curieuse série de scènes fantastiques, dernières créations du cinématographe Pathé : Pierrot mystifié, Cuisine ensorcelée, La Poule merveilleuse, Duel abracadabrant, la Fée des Roches-Noires, etc., de curieux acrobates, les frères Laure, les soeurs Daïneff, etc., etc.


Le Figaro, Paris, jeudi 17 décembre 1903, p. 2.

{slider L'Excelsior Réalgraph de la Gaîté-Rochechouart (décembre 1903)}

L'Excelsior Réalgraph qui offre des vues cinématographiques à l'occasion du Réveillon de Noël a-t-il quelque chose à voir avec le Réalgraph du frère d'Ernest Normandin, Edgard Normandin ? Les rares annonces publiées dans la presse ne nous éclairent guère :

Ce soir, à la Gaîté-Rochechouart, à l'occasion du Réveillon, grande soirée de gala : " Excelsior Réalgraph ". Rentrée de Dalbret. Au programme le Gosse du Miracle, l'amusant vaudeville de Fabrice Lémon et de Marsan.


Le Journal, Paris, 24 décembre 1903, p. 6.

Sans doute, l'appareil n'a-t-il été présenté que le soir du Réveillon, car aucune autre annonce n'est publié par la suite.

{tab 1904

Le vendredi 2 mars, dans le cadre de l'Université Populaire du Faubourg Saint-Antoine, M. Hemardinquer, préparateur à la Sorbonne propose une conférence :

Université Populaire du Faubourg Saint-Antoine
[...]
157, Faubourg Saint-Antoine, 157.
[...]
PROGRAMME DU MOIS DE MARS 1906

[...]
Vendredi 2.- HEMARDINQUER, préparateur à la Sorbonne: Le Cinématographe (avec projections du cinématographe Gaumont).-Cours: Français pour étrangers. Piano.


Les Cahiers de l'Université populaire, Tome 1, nº 3, 10 mars 1906, p. 2.

Le cinématographe de Georges Mendel (10 bis Boulevard Bonne-Nouvelle, 14 mas 1906)

Le cinématographe de Georges Mendel (10 bis Boulevard Bonne-Nouvelle, 14 mas 1906)

Georges Mendel, à l'occasion d'une soirée donnée dans ses appartements du boulevard Bonne-Nouvelle, projette quelques vues chantantes :

Paris.
-Mercredi dernier, superbe soirée donnée par M. et Mme Georges Mendel, dans leurs salons du boulevard Bonne-Nouvelle.
Une nombreuse assistance a chaudement applaudi: M. Gilles, du Châtelet, dans de jolies poésies, Mme et M. de Poumayrac, M. Harlé, de l'Opéra-Comique, Mlle Alice Boisdon, du théâtre Lyrique, et le compositeur Louis Schwartz dans ses oeuvres pianistiques. M. Maurice Boisdon se révéla prestidigitateur, amateur l'emportant sur beaucoup de professionnels, et M. J. Mendel présenta plusieurs sujets, scènes d'opéra et vues cinématographiques et gramophonées.
Puis on dansa toute la nuit, pour se séparer à l'aube, après un joyeux souper par petites tables.


Gil Blas, Paris, samedi 17 mars 1906, p. 2.

Le Cinématographe Automobile (Halles Centrales, 20 mars 1906)

Le Cinématographe Automobile (Halles Centrales, 20 mars 1906)

Le Cinématographe Automobile, dû à l'initiative de l'agent de change Alfred Bréard, propose une représentation à l'occasion de la réception de la Reine de Rome, pour les festivités de la Mi-Carême :

La Mi-Carême
LA RÉCEPTION DE LA REINE DE ROME
[...]
La soirée commença par une représentation organisée par le Cinématographe-automobile ; ensuite vint le tour des danses.


Le Radical, Paris, 21 mars 1906, p. 4 (il s'agit bien du mercredi 21 mars).

L'American Biograph (Bobino-Music-Hall, 30 avril-4 novembre1906)

L'American Biograph (Bobino-Music-Hall, 30 avril-4 novembre1906)

L'American Biograph s'installe à Bobino en avril 1906 :

BOBINO-MUSIC-HALL (20, rue de la Gaîté) (721-66).- 8 h 1/2.-American Biograph. Little Litlys. Les Chats sont gris. Matin. dimanche. fêtes, à 2 h 1/2.


Le Matin, Paris, 30 avril 1906, p. 6

Les annonces, à peine modifiées, se prolongent jusqu'au mois de novembre :

BOBINO-MUSIC-HALL (20, rue de la Gaité) (726-66).-Le Système du Dr Goudron. Concert : Victor Lejal. Mat. dim. et fêt.


La France, Paris, 4 novembre 1906, p. 5.

Le Cinématographe de Léon Gaumont (Société Française de Photographie, 7 mai 1906)

Le Cinématographe de Léon Gaumont (Société Française de Photographie, 7 mai 1906)

À l'occasion de l'un des lundis de la Société Française de Photographie, Léon Gaumont présente La Vie du Christ :

Lundis de la Société Française de Photographie.-A neuf heures du soir très précises, dans la grande salle de séances, 51, rue de Clichy, Paris. (Les portes sont ouvertes à huit heures et demie).
Programme de la soirée du lundi 7 mai: L'Esterel et la région cannoise, causerie et projections, par M. Personnaz; intermède musical; La Vie du Christ, tableaux cinématographiques, par M. Gaumont.


La Libre Parole, Paris, jeudi 3 mai 1906, p. 4.

 

La Fête Cinématographique et Phonographie organisé par Phono-Ciné-Gazette (Grande Salle du Trocadéro, 13 et 27 mai 1906)

La Fête Cinématographique et Phonographie organisé par Phono-Ciné-Gazette (Grande Salle du Trocadéro, 13 et 27 mai 1906)

La revue Phono-Ciné-Gazette organise une fête cinématographique dans la grande salle du Trocadéro les 13 et 27 mai 1906.

paris 1906 phono cine gazette paris 1906 phono cine gazette 02
Phono-Ciné-Gazette, 2e année, nº 28, Paris, 15 mai 1906, p. 191. Phono-Ciné-Gazette, 2e année, nº 29, Paris, 1er juin 1906, p. 211.

Répertoire (autres titres) : Les invisibles, Le Chemineau, Je vais chercher du pain, Toto Gate-Sauce, Drame en mer, Les Trésors du Radjah, Vues de l'Afrique française, Les Malheurs de Madame Durand, Les Voleurs de bicyclette, Crime d'un autre, Pitou amoureux, L'Honneur est satisfait, Le Poulet est empoisonné, Bicyclette présentée en liberté, Boireau déménage, Richesse d'un jour, Fleurs animées (Phono-Ciné-Gazette, Paris, 15 mai 1906, p. 191), Les Petits Vagabonds, Le Détective, Le Choix d'une bonne, On demande un chien de garde, Julot va dans le monde, En vacances, Le Poulet empoisonné, Tribulations d'un pompier, La Peine du Talion, Les Étudiants à Paris, Brigandage moderne, Coiffes et coiffures, Le Fils du diable (Phono-Ciné-Gazette, Paris, 1er juin 1906, p. 211),

Le Cinématographe de Louis Leclercq (23 Rue Richer, <15-15 juin 1906)

Le Cinématographe de Louis Leclercq (23 Rue Richer, <15-15 juin 1906)

Louis Leclercq, propriétaire d'un bar situé rue Richer, organise des séances de cinématographe obscène. La police finit par intervenir :

Cinématographe obscène
Paris. 15 juin — Agissant sur les ordres de M. Lépine, préfet de police, M. Court, ancien commissaire central à Lille, actuellement commissaire de la brigade des recherches, chef du servies mixte des garnis, a fait hier, une descente dans un bar situe 23, rue Richer, et tenu par un M. Louis Leclercq se disant inventeur et marchand de vin de Champagne, dont l’établissement était depuis longtemps signalé comme étant le théâtre de représentations cinématographiques d'une répugnante obscénité.
M. Cout put se convaincre, par lui-même, de l'exactitude absolue de ces dires.
Ayant fait garder les issues du débit, il pénétra dans une très petite salle, au rez-de-chaussée, où des paravents en bois sculpté et grillé permettent aux clients de se dérober aux regards indiscrets et de déguster en paix l’unique consommation de la maison ; du vin de Champagne a vingt-cinq francs la bouteille.
Il donna ensuite un mot de passe et gravit un droit escalier qui le conduisit à l’étage supérieur où fonctionnait le cinématographe. Huit messieurs assistaient là à la reproduction de scènes d’une lubricité scandaleuse. M. Court en savait assez... Se faisant connaître à l’imprésario (qui l’avait pris pour un client, amateur de ce genre de spectacle), il lui dressa procès-verbal en vertu de l'article premier de la loi du 2 août 1882, qui vise la repression des outrages aux bonnes mœurs, et saisit avec l’appareil cinématographique, six cents mètres de films. Le tout a été mis sous scellés.


Le Réveil du Nord, Lille, 16 juin 1906, p. 3.

Lorsque l'affaire est jugée en décembre, Louis Leclercq est acquitté :

Le cinématographe de la rue Richer
La 9e chambre de police correctionnelle a rendu hier son jugement. sur la poursuite pour outrages aux bonnes mœurs, intentée par le parquet contre un marchand de vins de la rue Richer qui faisait fonctionner un Cinématographe pornographique devant des clients privilégiés.
Adoptant la thèse de Me Lagasse, député, défenseur du prévenu, le tribunal déclare que les conditions constitutives du délit, à savoir la publicité, n'existaient pas, dans l'espèce. En conséquence, le propriétaire du cinématographe a été acquitté.
Avis aux amateurs !...
Amédée Blondeau.


Le Rappel, Paris, vendredi 7 décembre 1906, p. 4.

Le Cinématographe Automobile à la Fête du Petit Journal illustré de la Jeunesse (Théâtre d'hiver de la Grande Roue, 5 juillet 1906)

Le Cinématographe Automobile à la Fête du Petit Journal illustré de la Jeunesse (Théâtre d'hiver de la Grande Roue, 5 juillet 1906)

Une nouvelle apparition du Cinématographe Automobile se produit à l'occasion de la Fête du Petit Journal illustré de la Jeunesse, destinée bien entendu au jeune public.

LA FÊTE DU Petit Journal illustré de la Jeunesse.
La Fête enfantine que le Petit Journal illustré de la Jeunesse offrait, hier après-midi à la Grande Roue de Paris, à ses jeunes lecteurs et lectrices, a été en tous points réussie, malgré le mauvais temps qui assombrissait le ciel.
[...]
Le Cinématographe automobile du Petit Journal installé dans le théâtre d'hiver n'a cessé tout l'après-midi de faire applaudir ses merveilleuses scènes animées.
Il a notamment donné en une bande impressionnante le prodigieux travail de l'Américain Schreyer, qui est actuellement à l'exposition de Tourcoing.
Schreyer, que les Yankees nomment " l'homme qui défie le diable " se lance à bicyclette sur une pente de 32 mètres de hauteur, 83 mètres de longueur puis abandonnant sa machine, exécute un plongeon de vingt mètres dans un bassin rempli d'un mètre cinquante d'eau...


Le Petit Journal, Paris, 6 juillet 1906, p. 2.

Le seul film dont il est question concerne le célèbre voltigeur à bicyclette qui défraie alors la presse.

schreyer
Beauvais, édit., cycles-cartes, 36, r. d'Oran
"Dare-Devil" Scheyer, le seul plongeant à Bicyclette de 31 m de hauteur après une trajectoire de 83 m dans un bassin d'eau de 1m50 de profondeur.

Le Cinématographe-Parleur Gaumont (Moulin-Rouge, 12->12 juillet 1906)

Le Cinématographe-Parleur Gaumont (Moulin-Rouge, 12->12 juillet 1906)

Le directeur du Moulin-Rouge, Joseph Oller, propose, en juillet, des séances de Cinématographe-Parleur de la maison Gaumont :

Cinéma partout
Le cinématographe envahit de plus en plus les music-halls et il viendra bientôt un moment où l'on ne pourra plus s'en passer. Témoin la réouverture sensationnelle du Moulin-Rouge.
Le 12 juillet, M. Oller avait eu l'excellente idée d'annoncer comme grande attraction le "Cinématographe-Parleur" de M. Gaumont.

Le public s'est vivement intéressé à cet admirable synchronisme et a chaleureusement applaudi ces résultats nouveaux pour pour le plus grand nombre des spectateurs et qui ont cuasé une grande surprise. Nous avons entendu plusieurs personnes souhaiter la mise en vente d'un "phono-ciné" de salon, nul doute que cela n'arrive bientôt.


Phono-ciné-gazette, 2e année, nº 33, Paris, 1er août 1906, p. 274.

Le Cinématographe (40 rue de Bondy/Théâtre des Folies Dramatiques, <1er septembre->21 octobre 1906)

Le Cinématographe (40 rue de Bondy/Théâtre des Folies Dramatiques, <1er septembre->21 octobre 1906)

A la fin de la saison, la Direction du Théâtre des Folies Dramatiques décide d'organiser des projections cinématographiques :

Cinéma au théâtre
Le théâtre des Folies Dramatiques a eu l'excellente idée de donner  des représentations de cinématographe au lieu de fermer ses portes. La Direction ne doit pa regretter son initiative, car nous y fûmes comme spectateurs quelconques après avoir fait queue et payé nos places... et nous avons eu la satisfaction de constater que la salle était comble, et que le spectacle obtenait un grand succès. Le public parisien prend goût à cette attraction qu'il ne connaissait guère jusqu'ici.


Phono-ciné-gazette, 2e année, nº 35, Paris, 1er septembre 1906, p. 332

Le théâtre des Folies-Dramatiques prolongent les projections au long du mois :

FOLIES-DRAMATIQUES
Téléphone 43.701.-9 h.
Cinématographe


Le Courrier du soir, Paris, dimanche 16 septembre 1906, p. 4.

De très brèves annonces sont publiées dans les semaines qui suivent :

FOLIES-DRAMATIQUES. 8 h 1/2.-Le Chopin.-Cinématographe.


Le Petit Caporal, Paris, dimanche 21 octobre 1906, p. 4.

Le Cinématographe du Petit Journal (Grandes salles des Fêtes du Petit Journal, <2> septembre 1906)

Le Cinématographe du Petit Journal (Grandes salles des Fêtes du Petit Journal, <2> septembre 1906)

1906 09 01 cinematographe petit journal
Le Petit Journal, Paris, samedi 1er septembre 1906, p. 3.

Répertoire (autres titres) : Le Pêcheur pêché, M. Clown, Voilà le colonel, Maçon et Policemen, Le Gourmand, Course d'obstacles, Devant guignol, La Fête au village, Le Cauchemar du Caïd, Un complot anarchiste, Vues animées du Concours et Défilé des 20,000 Sapeurs-Pompiers organisés par le "Petit Journal", Bébé veut écrire, La Vie du marin, L'Hypnotiseur, Pauvre pompier ! (Le Petit Journal, Paris, samedi 1er septembre 1906, p. 3).

Le Cinématographe Automobile (Les Halles, 20 octobre 1906)

Le Cinématographe Automobile (Les Halles, 20 octobre 1906)

La Société du Cinématographe Automobile, dont l'instigateur est l'agent de change Alfred Bréard, propose, entre autres, ses services pour des soirées ponctuelles. Tel est le cas de la soirée donnée le 20 octobre 1906 aux Halles de Paris à l'issue d'un concert : 

Un concert aux Halles
Ce soir, à huit heures et demie, sous les allées couvertes des Halles (carrefour de la Lingerie). l'Harmonie des Halles. directeur M. Grenaud, et l'Avenir du IVe arrondissement (tambours et clairons), directeur M. Lenfant, donneront un grand concert pour la création d'une Caisse de secours immédiat pour les petits commerçants et employés des Halles.
Programme : Le Bombardier, allegro militaire (Parès) ; les Muses, fantaisie (F. Andrieu) ; Printanière, polka pour piston, soliste M. J.-B. Bourrillon (E. Desjardins) ; Bettina, grande valse (E. Launay) ; Sambre-et-Meuse (Rauski).
Après le concert, une grande séance de cinématographe sera donnée au même endroit par le cinématographe Automobile.
Programme : Le Dimanche de Pitou, Trop rogner nuit, la Gaieté du divorce, la Vie du Marin, Voleur de pommes, Toute la famille à bicyclette, la Fête du village, Pauvre pompier, Piège à loup, la Fée aux fleurs, Petit vagabond, Escroc du grand monde, le Cœur plus fort que la raison. Fille de Caïn.Voilà mon mari !
Les pavillons des Halles centrales seront superbement décorés et illuminés toute la soirée.


L'Écho de Paris, Paris, samedi 20 octobre 1906, p. 4.

Le programme proposé combine essentiellement des productions Pathé et Gaumont.

Le cinématographe à l'Olympia (26 boulevard des Capucines, 4->4 novembre 1906)

Le cinématographe à l'Olympia (26 boulevard des Capucines, 4->4 novembre 1906)

L'Olympia annonce son prochain spectacle, Vers les étoiles avec la collaboration de Georges Méliès :

L'Olympia nous donnera, mercredi prochain, la première représentation de Vers les étoiles, grand ballet féerie en six tableaux, livret de MM. Paul Ferrier et Bertol-Graivil, musique de M. Henri Hirchmann, qui sera l'oeuvre capitale d'ouverture de ce luxueux music-hall parisien.
[...]
Quant aux décors ils sont l'oeuvre de M. Bertin, d'un ton poétique et d'une perspective tout à fait réussis. Les costumes sont de Landolff, ce qui dispense d'en faire l'éloge. Il est juste de ne pas oublier M. Méliès, dont les scènes cinématographiques sont d'une composition surprenante et d'une parfaite exécution.


Le Siècle, Paris, mercredi 31 octobre 1906, p. 3.

L'inauguration a lieu finalement le samedi 3 novembre:

L'Olympia nous a donné hier la première représentation de Vers les Étoiles, grand ballet-férie en 6 tableaux.


L'Écho de Paris, Paris, dimanche 4 novembre 1906, p. 4.

1906 vers les etoiles
Georges Méliès, Vers les étoiles (1906)
Source: Cinémathèque française

Le cinématographe du théâtre Robert-Houdin (8 boulevard des Italiens, <4->23 décembre 1906) → 1907

Le cinématographe du théâtre Robert-Houdin (8 boulevard des Italiens, <4->23 décembre 1906) → 1907

Le théâtre Robert-Houdin continue de présenter des vues de Georges Méliès :

Le théâtre Robert-Houdin se tient toujours à la tÊte du cinématographe. La dernière production de M. Méliès, la Fée Carabosse, est une scène fantastique du plus saisissant effet; avec les vues comiques qui complètent la séance, le spectacle est vraiment intéressant.


Le Journal, Paris, mardi 4 décembre 1906, p. 6.

Le théâtre Robert-Houdin continue d'apparaître au cours du mois de décembre :

A l'occasion des fêtes de Noël et du Jour de l'An, le théâtre Robert-Houdin donnera des matinées de prestidigitation les mardi 25, jeudi 27, dimanche 30, lundi 31 décembre, et les mardi 1er, mercredi 2, jeudi 3, dimanche 6 janvier.
A toutes ces représentations, le professeur Legris présentera son nouveau programme, tours d'adresse, pièces mécaniques, etc.
Tous les soirs, cinématographe Méliès, à 8 heures 1/2.


Le Journal, Paris, dimanche 23 décembre 1906, p. 6.

Le cinématographe du Châtelet (Place du Châtelet, 4->4 décembre 1906)

Le cinématographe du Châtelet (Place du Châtelet, 4->4 décembre 1906)

Dans les derniers jours de l'année, le théâtre du Châtelet présente une féerie pour laquelle Georges Méliès a préparé une vue:

AU CHATELET: Pif! Paf! Pouf! ou Un Voyage endiablé, grande féerie en trois actes et trente-huit tableaux, de MM. Victor de Cottens et Victor Darlay.
C'est un très agréable spectacle. Certes, MM. de Cottens et Darlay ne nous apportent pas une féerie nouvelle et d'une rare poésie. Mais ils ont imaginé des divertissements ingénieux et ils ont placé, au milieu de ces trente huit tableaux, des scènes d'une réelle gaieté et d'une fantaisie assez personnelle.
[...]
Odette se félicite de son habileté; mais bientôt elle tremble devant le timonier qui n'est autre que le farouche Pornic. Tandis qu'il implore et qu'il menace Odette, il oublie qu'il a la direction du navire et il le jette contre le Rocher du Corail. Le bâtiment sombre, mais Odette, Mme Coquiron, Hector et M. de Follembuche peuvent se sauver dans le canot sous-marin. Grâce au cinématographe de M. Méliès, nous descendons avec eux au fond de l'Océan. C'est une évocation amusante et fantaisiste de la flore et de la faune sous-marine. Enfin les naufragés reviennent à la surface de l'eau ; ils retrouvent la terre ; ils sont dans l'Amérique du Sud et ils arrivent dans une ferme qui est celle de Hernandez, l'autre soupirant de M. Coquiron.


Gil Blas, Paris, vendredi 7 décembre 1906,  p. 3.

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Châtelet. Pif! Paf! Pouf! (V. de Cottens et V. Darlay, 1906)
Le KInema Théâtre Gab-Ka (27, boulevard des Italiens, 13-31 décembre 1906) → 1907

Le KInema Théâtre Gab-Ka (27, boulevard des Italiens, 13-31 décembre 1906) → 1907

paris boulevard italiens 27 gab ka paris boulevard italiens 27 gab ka detail
Paris. Les Grands Boulevards. Société Général Française, 27, Boulevard des Italiens (2e arrt)

Gabriel Kaiser inaugure une nouvelle salle en décembre 1906 sur le boulevard des Italiens :

Kinéma-Théâtre GAB-KA
Tel est le titre d'un nouveau Théâtre qui ouvre ses portes aujourd'hui, 27, boulevard des Italiens.
Tout Paris et le monde élégant iront voir ce petit théâtre d'un nouveau genre.
Illuminations féeriques exécutées par la célèbre maison "perles électriques Weissmann".
M. Gabriel Kaiser, Ingénieur-Inventeur bien connu, Directeur propriétaire de ce magnifique établissement, n'a reculé devant aucune dépense pour la confortabilité et le chic de son établissement.
Tous les jours matinées et soirées.


Le Petit Journal, Paris, 13 décembre 1906, p. 5.

Les autres journaux relaient également l'information :

Matinée de deux à sept heures, et soirée de huit à onze heures, au Kinema-Théâtre Gab-Ka, la nouvelle salle qui vient d'ouvrir en plein boulevard des Italiens, tout près du Crédit Lyonnais.
Le directeur de cette entreprise est M. Gabriel Kaiser, l'ingénieur-inventeur bien connu.
Le spectacle est fort intéressant ; en une heure défilent devant les yeux des assistants les scènes les plus instructives, les plus scientifiques, les plus vécues, sans oublier les tableaux comiques préparés avec beaucoup d'intelligence par le nouveau directeur. Vues comiques, documentaires, panoramiques, d'actualités, féeriques, sont accompagnées par un excellent orchestre dirigé par le maestro J. Godard, que seconde la gracieuse Mile Terastri, de l'Opéra.
Imitation de tous les bruits, du pas des chevaux, du roulement des attelages, etc., rien ne manque au Kinema-Théâtre Gab-Ka, donnant aux tableaux une impression intense de vie réelle.
Petits et grands, très certainement, voudront assister à ce très attrayant spectacle.


Le Radical, France, 17 décembre 1906, p. 5.

Le Cinématographe de M. Rives (Annexes des Invalides, >7 décembre 1906)

Le Cinématographe de M. Rives (Annexes des Invalides, >7 décembre 1906)

M. Rives organise des séances dans les annexes des Invalides :

Parmi les diverses attractions que M. Rives a réunies dans les annexes des Invalides, il convient de mettre en première ligne les séances cinématographiques qui auront lieu à la fin de chaque journée.
Au nombre des projections portées au programme que l'on vient de nous communiquer, nous relevons entr'autres:
Le Circuit de la Sarthe.
Le montage d'un châssis.
Un concours de luges et tobbogans à Davos.
Une luttre entre Padoubny et Aimable de la Calmette.
Le dirigeable Patrie.
Duray changeant une jante amovible au Circuit des Ardennes.
L'aéroplane de Santos-Dumont s'enlevant à Bagatelle.
Et des scènes amusantes, comme l'auto diabolique et le bon écraseur, qui nous mettront en joie.


L'Auto-vélo, Paris, vendredi 7 décembre 1906, p. 3.

Le Cinématographe Pathé (5 boulevard Montmartre, 16-31 décembre 1906)

Le Cinématographe Pathé (5 boulevard Montmartre, 16-31 décembre 1906)

Le Cinématographe Pathé qui s'ouvre 5, boulevard Montmartre est en réalité sous la responsabilité de la Société Anonyme pour Exploiter le Cinématographe Pathé frères dont l'administateur est François Dussaud. L'inauguration a lieu le 14 décembre 1906 :

Tout le monde admire l'affiche de Grün, annonçant l'ouverture du Cinématographe Pathé, à côté des Variétés ; aussi la foule s'est portée, hier, ver la jolie salle réservée aux vues et nouveautés de la maison Pathé.
Parents, retenez ceci : tous les jeudis, dimanches et fêtes, de dis heures à midi, le Cinématographe Pathé, 5, boulevard Montmartre, donnera une maitnée pour les enfants et les jeunes gens. Cette agréable innovation sera bein accueillie. Il y aura matinée demain : arrivez de bonne heure !


Le Journal, Paris, 15 décembre 1906, p. 1.

cinematographe pathé dussaud cinematographe omnia 1908
Jules Alexandre Grün, Théâtre du Cinématographe Pathé, [1906], Imp. Charles Verneau, ateliers Grün, 140 x 100 cm [D.R.] "Omnia" Cinéma Pathé
(ex-Théâtre du Cinématographe Pathé),
5, Boulevard Montmartre
Phono-Ciné-Gazette, n°86, 15 octobre 1908

C'est Le Journal qui offre le compte rendu le plus intéressant de la presse parisienne : 

Le Théâtre du Cinématographe Pathé
Le Tout-Paris des premières inaugurait, hier, un théâtre d'un genre absolument nouveau: " Le théâtre du Cinématographe Pathé ", à côté du théâtre des Variétés. Il a fallu toute la science de nos grands physiciens pour arriver à donner au public de Paris des représentations comme celle qui a charmé, hier soir, une assistance émerveillée, tantôt souriante et tantôt angoissée, mais toujours intéressée.
Il faut absolument assister à une de ces représentations, pour se rendre compte de ce que le cinématographe a fait de progrès, depuis la machine tremblotante et indécise du début : ici, l'image est d'une fixité et d'une netteté parfaites.
Entre autres " numéros " particulièrement réussis, nous avons vu et entendu les chutes du Niagara ; car on entend aussi, et l'imitation du bruit de l'eau est si parfaite que l'illusion est complète. Dans une vue des forges du Creusot, le bruit des marteaux, le roulement des wagonnets sont merveilleusement rendus. Mais voici mieux ! L'image représente un jeune homme, désespéré par des parents qui lui refusent la main de leur fille : le pauvre garçon s'en va vers la forêt voisine, et alors...
Un Jeune homm' venait de se pendre...
entonne une voix gouailleuse, et, pendant qu'un artiste chante Le Pendu, de Mac Nab, nous voyons le petit drame se dérouler sous nos yeux:
Le brigadier, sans perdre haleine, Enfourche son grand cheval blanc.
Et puis... et puis... il faut aller voir vous-même, car il y a des choses qui ne se racontent pas ! Mais je puis vous donner une bonne nouvelle : la Direction s'est assuré le concours du maître compositeur Paul Fauchey, dont l'excellent orchestre exécutera de ravissants morceaux à chaque représentation.
C'est un succès éclatant pour notre vieux boulevard, et tout Paris va défiler au cinématographe Pathé.


Le Journal, Paris, 17 décembre 1906, p. 5.

Le Théâtre du Cinématographe Pathé devient vite une des salles importantes de la capitale sous le nom d'Omnia.

Répertoire (autres vues) : Les Marbres de Carrare, Les clowns aux chaises (Le Temps, Paris, 21 décembre 1906, p. 3), La Naissance de Jésus, avec chant. On peut retenir ses places en location. (Le Journal, Paris, 22 décembre 1906, p. 1), Le Fils du Diable (Le Journal, Paris, 30 décembre 1906, p. 1).

Le Cinematograph-Theatre (7 boulevard Poissonnière, <23> décembre 1906)

Le Cinematograph-Theatre (7 boulevard Poissonnière, <23> décembre 1906)

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94-95

Le kinetoscope (20 boulevard Montmartre/Le Petit Parisien, 16 juillet 1894->30 janvier 1895)

À Paris, le premier kinetoscope est inauguré à la mi-juillet dans la salle des dépêches du Petit Parisien:

Photographies Animées
Depuis deux jours, une invention nouvelle, d'un rare intérêt, est présentée au public dans la Salle des Dépêches du Petit Parisien.
Toutes les revues scientifiques ont signalé déjà, mais sans le connaître encore, le fameux kinétoscope d'Edison, un instrument qui enregistre des images animées et les reproduit sous nos yeux avec une merveilleuse précision.
Ce kinétoscope, sorti tout récemment du laboratoire de Menlo-Park, n'a pu être exhibé à Chicago qu'après la fermeture de l'Exposition, et c'est la première fois qu'il franchit l'Océan. On ne l'a vu jusqu'ici ni à Londres, ni à Berlin, ni dans aucune autre ville d'Europe. Par l'intermédiaire de notre Salle des Dépêches, le boulevard Montmartre en a la primeur.
Aussi les visiteurs sont-il nombreux. Ders savants, des professeurs du Collège de France, des hommes du monde se mêlent déjà aux curieux. Hier, M. Marey, membre de l'Institut, quittait la séance de l'Académie pour venir voir cette invention qui intéresse au plus haut point la stations physiologique du Bois de Boulogne où, comme on le sait, de profondes études sont faites des fonctions musculaires de l'homme et des animaux et où l'on est arrivé à photographier le vol des oiseaux et des insectes.
***
On dispose en ce moment, dans l'établissement scientifique du Parc des Princes, d'un chronophotographe permettant de reproduire cent douze fois en une seconde l'Image d'un objet en mouvement, an moyen d'une pellicule sensible qui défile dans l'appareil, enroulée autour de deux bobines.
- Une image d'insecte en plein vol, se détachant sur le soleil, est prise par nos instruments en un vingt-cinq millième de seconde, nous disait M. Marey.
Lors de son passage à Paris, M. Edison n'a pas manqué de visiter le laboratoire de l'émlnent physiologiste, où il a pu étudier ces instruments enregistreurs dont la conception première est due à l'Américain Muybridge, le savant qui, il y a deux ans, nous offrait le curieux spectacle de projections photographiques animées dans la grande salle de la Société de géographie.
M. Edison a perfectionné cos instruments. Il s'est préoccupé surtout de tirer parti, pour le kinétoscope, des documents photographique recueillis par le kinétographe.
Le kinétographe ou chronophotographe sert à prendre d'un objet en mouvement ou d'une scène animée une série de photographies rapides se succédant à intervalles réguliers et fixant avec précision toutes les flexions, tous les mouvements dont se compose une attitude ou une action. Nous avons vu chez M. Marey la photographie d'un coup de marteau comprenant soixante images exécutées en une seconde. Le pas d'un cheval peut être analysé par le kinétographe en dix images prises en un tiers de seconde.
Le kinétoscope, lui, utilise ces documents pour nous en présenter la synthèse. Il reconstitue, rassemble sous notre regard, les mouvements analysés et décomposés. Il prend les images successives du kinétographe, leur imprime une rotation accélérée et, par un effet d'optique qui est le même que celui dont l'application charme les enfants dans le zootrope ou praxinoscope, un jouet mis à la mode il y a plus de vingt ans, nous voyons se mouvoir les objets photographiés tels qu'ils passaient devant l'objectif. Le cheval marche, l'oiseau vole, le clown fait son saut périlleux, C'est la reproduction exacte, mathématique, du mouvement.
***
Voilà l'instrument que le Petit Parisien présente au public dans sa Salle des Dépêches.
Qu'on se figure, insérée sous le couvercle d'un petit meuble à hauteur d'appui et aperçue à travers un oculaire, une photographie représentant une scène quelconque dont tous les personnages gesticulent, marchent, travaillent, non point en automates qu'un mécanisme dirige, mais au naturel et avec tout l'imprévu, tout l'abandon ou toute la résolution des mouvements de la vie réelle.
Si la scène représentée est un magasin de coiffure, on remarque le client qui s'assied sur un fauteuil et les garçons qui s'empressent autour de lui, procédant à leurs manipulations habituelles, jusqu'à ce qu'il s'en aille, rasé, poudré, calamistré selon les règles du métier et fasse place à un autre client.
Voici une danseuse exécutant un pas espagnol. Pas un clignement de ses yeux, un sourire de ses lèvres, un plissement de sa jupe tourbillonnante ne nous échappe. Telle elle apparue vivante à Edison dans son hall de Menlo-Park, telle nous la revoyons, sautillante, infatigable, à demi pâmée. Ses pirouettes, ses renversements ne se sont nullement matérialisés durant leur enregistrement par le kinétographe, et le klnétoscope les reproduit dans toute leur grâce souple et aérienne.
Huit autres scènes seront ajoutées à celles-ci, ces jours prochains, dans le merveilleux instrument. Elles peuvent se multiplier à l'infini, au gré de l'inventeur. Un ruban nouveau est enroulé chaque matin autour de dix-huit bobines qu'actionne un petit dynamo appuyé par une batterie d'accumulateurs. Cela demande quelques minutes de préparation et l'appareil fonctionne.
Sur le ruban, qui est en gélatine transparente et dont la longueur est de douze mètres, la largeur étant de trois centimètres et demi, sont disposées plus de deux cent cinquante pellicules photographiques de deux centimètres chacune. Ce ruban, entraîné par une roue dentelée, passe avec une grande rapidité entre une lampe électrique pourvue de son réflecteur et l'oculaire inséré dans le couvercle du meuble.
***
On voit qu'au fond c'est le praxinoscope agrémenté d'un mécanisme perfectionné. Les fentes que l'on remarque dans les parois du jouet de ce nom et à travers lesquelles l'enfant observe le défilé des images, se retrouvent également dans le kinétoscope. Mais elles ne sont pas apparentes ;  l'inventeur les a cachées dans le meuble. En effet, sous l 'oculaire et au-dessus du ruban de gélatine, passe, avec une vitesse de 260 tours à la minute, une mince roue métallique, plate, peinte en noir, d'un diamètre de trente centimètres environ. Une fente étroite, de trois centimètres de long, est ménagée sur ses bords.
C'est à travers cette fente que I'œil reçoit sur sa rétine, vivement projetée par la lumière électrique, l'image de chaque fraction de mouvement que représente chaque photographie.
Dans le kinétoscope d'Edison, l'œil est frappé ainsi de deux cent soixante projections par minute lui transmettant l'image exacte, du mouvement et de la vie.
L'utilité d'un pareil instrument n'est pas difficile à démontrer. Si, avec le kinétographe M. Marey a pu étudier, pour l'armée, los effets de la gymnastique, la longueur et la fréquence des pas, la limite des charges que l'homme doit porter suivant la vitesse de la marche, le rythme du pas correspondant à la charge portée et au terrain, - avec le kinétoscope nous disposons d'un appareil, complément du premier, toujours prêt à reconstituer une scène choisie.
Le kinétoscope peut nous servir à conserver à perpétuité l'Image animée d'une action historique, d'un événement politique ou familier, d'une journée glorieuse ou néfaste, de scènes quelconques témoignant de nos usages et de nos mœurs.
Qui sait si bientôt nous ne verrons pas la publicité des exécutions capitales assurée seulement par le kinétoscope, sans qu'il n'y ait plus lieu de recourir à la malséante représentation donnée, au petit jour, place de la Roquette, devant le public restreint que l'on connaît !


Le Petit Parisien, Paris, mercredi 18 juillet 1894, p. 2.

Un bref entrefilé permet de connaître le nom de l'importateur de l'appareil :

Un électricien qui a travaillé pendant deux ans dans le laboratoire d'Édison à Orange (New-Jersey), M. Georgiadeo [sic], vient d'apporter à Paris un kinétoscope; c'est le premier dont on signale l'apparition en Europe.


Henri Flamans, “Le Kinétoscope d’Edison”, Le Magasin pittoresque, Paris, 1er août 1894, p. 247-248.

Le kinetoscope est présenté par George Malamakis, collaborateur de George Tragidis et George Georgiades:

Aujourd'hui le doute n'est plus permis, le kinétoscope Edison est arrivé à Paris : un certain nombre d'exemplaires y fonctionnent régulièrement depuis quelque temps déjà, dans plusieurs endroits publics, où chacun peut les voir, moyennant une rétribution, qui n'a rien d'effrayant même pour les gens les plus économes. Je viens d'aller voir celui qui fonctionne dans la salle des dépêches du journal le Petit Parisien, 20, boulevard Montmartre. Grâce à l'obligeance de M. G. Malamakis, j'ai pu l'étudier dans ses détails et examiner son mécanisme intérieur. Cette visite m'a réellement enthousiasmé, moi, le sceptique du mois de juillet, et je m'empresse de vous raconter ce que j'ai vu.
Au fond dé la salle est une espèce de boîte en chêne ayant la forme d'un pupitre à écrire debout et d'une hauteur de 1 mètre 30 environ. Sur le couvercle est une ouverture de forme oblongue, qui est l'entrée d'un appareil d'optique plongeant verticalement au-dessous du couvercle. Vous commencez, formalité indispensable! par donner vingt-cinq centimes et vous mettez l'œil à la lunette. Vous ne voyez rien d'abord: tout est noir et vous êtes tenté de vous demander si vous en aurez pour votre argent. Mais bientôt l'employé appuie sur un bouton et voilà le champ de la lunette qui s'illumine et dans le champ vous voyez apparaître le spectacle attendu.
Un jour ce sont des lutteurs en maillot. Ils sont à une petite distance l'un de l'autre; ils se mesurent de l'œil, puis se font les salutations, qui sont la politesse de l'escrime et de la lutte. Ils avancent l'un vers l'autre, reculent de deux pas, et revenant d'un mouvement rapide, se saisissent avec force et à bras-le-corps. La lutte est commencée : l'un des lutteurs soulève son adversaire et cherche à le renverser. Mais celui-ci parvient à se dégager et s'éloigne. Nouvelle marche à la rencontre, nouveau corps à corps. On voit les muscles se tendre, se découpler et la lutte continuer avec énergie. A un moment, l'un des lutteurs paraît faiblir, il va loucher le sol des deux épaules. Mais, se dégageant d'un mouvement rapide, il se renverse sur son adversaire et, cabriolant au-dessus de lui, va retomber sur ses pieds. Il revient brusquement, passe entre ses jambes et le saisissant de nouveau, le soulève avec violence et le renverse sur le sol. On se croirait dans une baraque de la foire de Neuilly et il ne manque à l'illusion que les applaudissements et les bravos de la foule. On resterait là indéfiniment, tant le spectacle est surprenant, on ne voudrait pas quitter celte lorgnette magique. Mais tout d'un coup la lampe s'éteint, tout retombe dans l'obscurité. La scène a duré quarante-cinq secondes, pendant lesquelles les détails de la lutte se sont reproduits deux fois.
Un autre jour, le spectacle est plus gracieux. C'est une danseuse qui s'avance sur la scène d'un théâtre. Arrivée à la rampe, elle envoie aux spectateurs ses baisers les plus tendres et se met à exécuter tous les pas de son répertoire. Au fond de la scène, on voit les violonistes qui l'accompagnent et l'on suit les mouvements des archets. La danseuse s'anime de plus en plus, ses mouvements n'ont peut-être plus la correction qui, à l'Opéra, est la règle du corps de ballet, car la danse devient frénétique et la rivale de la Goulue termine en lançant sa jambe à une hauteur que l'on me dispensera d'apprécier. On voit le tourbillonnement des jupes de gaze et l'on croit en entendre le froufrou.
Une autre fois on se trouve transporté aux Folies-Bergère et l'on voit la Loïe Fuller, ou quelque rivale, exécuter cette danse serpentine qui a fait courir tout Paris. Elle voltige avec légèreté sur la scène, ouvrant et fermant les bras pour faire évoluer l'étoffe qui l'enveloppe. La lumière se joue à travers les plis de cette étoffe; les ombres se déplacent avec une fidélité parfaite cl. produisent les reliefs les plus gracieux.
Ici c'est l'intérieur d'un bar avec toute son animation. Devant le comptoir, des consommateurs se tiennent debout: on voit la femme de service se retourner, prendre une bouteille et emplir le verre d'un des clients, qui le porte à ses lèvres et le vide. Dans un coin une discussion s'engage. Est-elle politique? je n'en sais rien. Mais les adversaires se menacent du geste, bientôt les coups de poing pleuvent plus drus que des bénédictions, jusqu'au moment où le maître de céans vient jeter à la porte ces clients trop irascibles.
Une autre série d'épreuves représente l'intérieur d'un salon de coiffure; un monsieur y entre et vient se faire raser. Il dépose son chapeau, retire son veston et s'assied: on lui apporte un journal qu'il se met à lire, en attendant que son tour vienne. Pendant ce temps, on rase un autre client: le coiffeur promène sur son visage le blaireau traditionnel; puis c'est le rasoir qui fait son office et court d'un mouvement ménagé sur la figure du patient. C'est la nature même prise une fois de plus sur le vif.
Vous n'attendez pas de moi que je passe en revue tout le répertoire du kinétoscope; il peut être sans limites. J'ai voulu seulement vous donner une idée de tout l'intérêt qu'il présente. Croyez-moi, allez au boulevard Montmartre. Mais je ne veux pas vous prendre en traître, quand vous y aurez été une fois, vous y retournerez, désireux de voir chaque jour un nouveau spectacle. C'est ce qui m'est arrivé.
[...]
P-POIRÉ.


L'Univers illustré, Paris, 15 décembre 1894, p. 790.

Le kinetoscope continue à fonctionner dans les premières semaines de l'année 1895:

Un spectacle vraiment rare est celui que les visiteurs de notre Salle des Dépêches peuvent avoir à bon compte. Le "kinétoscope" d'Edison constitue une invention qui tient de la magie. Grâce à un long ruban de photographies mû par l'électricité, le "kinetoscope" donne la sensation de l'image animée ete procure une illusion égale à un prodige.


Le Petit Parisien, Paris, 30 janvier 1895, p. 3.

Le kinetoscope des frères Werner (20 boulevard Poissonnière, <21 octobre 1894->16 février 1895)

Les frères Werner ouvrent un kinetoscope Parlor sur le boulevard Poissonnière à partir du mois d'octobre :

Le Kinétographe, ce merveilleux appareil dû à Edison et dans lequel on voit défiler toutes les scènes de la vie par des personnages qu'on croirait vivants, vient d'être installé 20, boulevard Poissonnière.


Gil Blas, Paris, 21 octobre 1894, p. 3.

On doit à Henri de Parville, le célèbre chroniqueur scientifique, une description du kinetoscope parlor parisien dans le long article qu'il consacre à la nouvelle invention de Thomas A. Edison. Il offre une brève vignette de ce nouveau local : 

À Paris, 20, boulevard Poissonnière, entre neuf heures et dix heures du soir. Une simple boutique toute étincelante de lumière électrique. Dehors, l'œil collé à la vitrine, un rassemblement de passants et de flâneurs. "Qu'y a-t-il ? Que voit-on ici ?" demandent les curieux en se rapprochant.
-Que voit-on ? Regardez. On voit tout bonnement à l'intérieur quelques grandes boîtes de 1 m 50 de hauteur complètement fermées ; et devant chacune d'elles un monsieur ou une dame observent gravement par un oculaire ce qui se passe dans les boîtes. Entrez, payez 25 centimes et l'on vous installera devant la première boîte libre. Singulier spectacle qui est destiné à faire salle comble d'ici la fin de l'année.
La boîte silencieuse, c'est le kinétoscope d'Edison. Nous nous plaignions, en esquissant l'appareil il y a quelques mois, de ne jamais voir les inventions d'Edison franchir l'Atlantique. Le kinétoscope l'a franchi, et il en existe déjà des exemplaires multiples à Paris...
Henri de Parville. 


Journal des débats politiques et littéraires, Paris, 14 novembre 1894, p. 1.

Dans un autre périodique, on dispose d'informations complémentaires :

Dans le magasin de M. Werner (20, boulevard Poissonnière), sont installés une demi-douzaine de kinétoscopes que tout le monde peut faire fonctionner moyennant un prix très minime, et où l'on voit des scènes extrêmement variées: un combat de coqs tellement vrai, que les plumes arrachées volent autour des combattants; des forgerons frappant une pièce de fer, et s'arrêtant de temps à autre pour vider une bouteille; une rixe dans un bar; une Loîe Fuller, etc., etc.


Le Courrier de Paris, Paris, 26 novembre 1894, p. 2.

Il reste difficile de connaître le réel impact populaire du kinetoscope au cours des mois d'exploitation par Michel Werner. Ce dernier fait passer régulièrement des encarts publicitaires dans la presse nationale et étrangère dans les mois qui suivent.

werner1894kinetoscopeedison werner1895kinetoscope
Journal des débats politiques et littéraires, Paris, 8 décembre 1894, p. 4 L’Industriel forain, nº 288, 10-16 février 1895

Le kinétoscope de L'Éclair (Salle des Dépêches/176, rue Montmartre, <4->4 janvier 1895)

Dans la salle des dépêches du journal L'Éclair, fonctionne un kinétoscope dès les premiers jours de l'année 1895:

NOTRE SALLE DE DÉPÊCHES
Nous continuons l’exposition des œuvres en céramique d’art de Carrier-Belleuse dans notre Salle de de Dépêches, 176, rue Montmartre.
Nos lecteurs trouveront dans les salons du premier étage une suite de l’exposition du rez de-chaussée.
Nous attendons ces jours-ci de nouvelles œuvres du maître complètement inédites, notamment la Danse, le Retour des Champs, etc.
Nous avons le plaisir de prévenir nos lecteurs que nous venons d’installer dans notre Salle de Dépêches un kinétoscope, la dernière invention d’Edison.
Cette merveilleuse machine reproduit des photographies animées et vivantes d'expression où les différents sujets représentés font les gestes et les mouvements naturels. Des apparitions surprenantes donnent l’illusion de la réalité.
Tous les jours il  y aura un changement de tableaux.
Nous nous imposons le sacrifice, à titre de haute attraction pour les visiteurs de notre Salle des Dépêches, de prélever seulement 0.15 centimes par audition.


L'Éclair, Paris, 4 janvier 1895, p. 3.

L'Éclair continue à évoquer le kinétoscope dont un exemplaire est disponible pour les installations à la demande :

NOTRE SALLE DE DÉPÊCHES
[...]
Nous avons installé dans notre Salle de dépêches la plus curieuse des inventions d’Edison, le kinétoscope : ce merveilleux appareil, dont les tableaux changent tous les jours, représente par des photographies animées et vivantes des scènes comiques ou burlesques du plus curieux effet. Nos lecteurs et visiteurs nous sauront gré de cette haute attraction, surtout en présence du prix de 0 fr. 15 centimes que nous demandons seulement.
Tout le monde voudra voir le tableau d’aujourd'hui : Les Lutteurs, lutte à main plate.
Dimanche nous donnerons Une scène burlesque dans un bar, à cinq personnages.
Nous avons pris nos mesures pour tenir à la disposition des personnes qui le désireraient, un Kinétoscope, à domicile, pour soirées, etc.


L'Éclair, Paris, 6 janvier 1895, p. 3.

Répertoire (autres titres): Amélie, femme acrobate excentrique (L'Éclair, Paris, 10 janvier 1895, p. 3).

Le kinétoscope (Palais de Glace, 7 février 1895)

Au Palais de Glace, on installe un kinétoscope au début du mois de février:

Aujourd'hui jeudi, à 2 heures, au Palais de Glace, grande matinée enfantine avec ourses, distribution de jouets, exhibitions nouvelles du kinétoscope et divertissements de toute sorte.
L'idée de donner un pendant aux galas du soir en organisant des fêtes  de jour pour les familles est une très heureuse innovation et il n'est pas douteux qu'elle réussisse.


Le Figaro, Paris, jeudi 7 février 1895, p. 4.

Le cinématographe Lumière (Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale, 22 mars 1895)

1895 03 22 salle encouragement
Bulletin de la Société d’encouragement, vol. 137, 1923, p. 687.

Au cours de l'année 1895, les frères Lumière vont multiplier les présentations de leur cinématographe. À Paris, l'appareil va ainsi être présenté à plusieurs reprises au cours de réunions à caractère scientifique, avant la première publique dans le salon Indien du Grand Café. Les inventeurs cherchent, dans un premier temps, l'approbation du monde intellectuel et les lieux choisis pour ces démonstrations sont judicieusement choisis, afin d'assurer leur réputation de scientifiques, mais aussi d'industriels.

À peine cinq semaines après le dépôt du brevet (nº 245.032) pour un " appareil servant à l'obtention et à la vision des épreuves chronophotographiques par Messieurs Auguste et Louis Lumière ", une première conférence est organisée à la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale, créée en 1801 et qui jouit d'un grand prestige. Elle est alors présidée par Éleuthère Mascart (1837-1908), proche de Léon Gaumont, qui porte un intérêt tout particulier à la photographie. C'est ce dernier qui a proposé aux Lumière de présenter leur " kinétoscope de projections " (Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale, Paris. 94e année, tome X, avril 1895, p. 413). La conférence a lieu le 22 mars 1895. C'est le Bulletin du Photo-club qui offre le compte rendu le plus détaillé :

Conférence de M. Louis Lumière à la Société d'Encouragement pour l’Industrie nationale
A la demande de M. Mascart, président de la Société d'Encouragement, M. Louis Lumière a fait, le 22 mars dernier, une conférence des plus intéressantes sur l’Industrie photographique et plus spécialement sur les ateliers et produits industriels de la Société anonyme des plaques Lumière, dont le siège est à Lyon.
M. Louis Lumière, pour rendre son exposé plus clair et plus attrayant, a projeté des vues de l'intérieur des ateliers où il a montré, en action, toutes les productions des plaques sensibles au gélatinobromure, la fabrication du papier sensible au citrate d'argent. Plus de deux cents ouvriers et ouvrières sont employés dans cette usine, dont une vue d'ensemble a montré la vaste étendue. A l'aide d'un kinétoscope de son invention, il a projeté une scène des plus curieuses : la sortie du personnel des ateliers à l'heure du déjeuner. Cette vue animée, montrant en plein mouvement tout ce monde se hâtant vers la rue, a produit l'effet le plus saisissant, aussi une répétition de cette projection a-t-elle été redemandée par tout l'auditoire émerveillé. Cette scène, dont le déroulement ne dure qu'une minute environ, ne comprend pas moins de huit cents vues successives ; il y a là de tout : un chien allant et venant, des vélocipédistes, des chevaux, une voiture au grand trot, etc.
Pour terminer cette conférence, M. Louis Lumière a montré à son public d'élite quelques épreuves en couleurs obtenues par la méthode de M. Lippmann. Notre savant collègue, présent à la séance, a été l'objet d'une ovation sympathique et chaleureuse de la part des assistants, surtout après que l'on a connu, par un avis de M. Mascart, la grande récompense décernée par la Société d'Encouragement à l'Illustre inventeur du moyen de reproduire les couleurs par la photographie.


Bulletin du Photo-Club de Paris, 1895, nº 3, p. 125-126.

Les Lumière ne disposent alors que d'un seul film, Sortie d'usine dont aucun élément filmique ne subsiste aujourd'hui, et dont on ne connaît que les quatre remakes. Il faut comprendre que le cinématographe n'est qu'un élément - la photographie en couleurs en est un autre - qui donne à voir le dynamisme des Lumière et de leur usine de Monplaisir (Lyon). La vue animée en est une sorte de matérialisation.

lumiere usine
Vue Générale des Usines LUMIÈRE pour la fabrication des plaques et papiers photographiques à LYON-MONPLAISIR
Agenda Lumière 1906, Lyon/Paris, Société Anonyme des Plaques et Papiers Photographiques A. Lumière et ses Fils/Librairie Gauthiers-Villars

Le succès de cette première présentation encourage les Lyonnais a renouveler l'expérience, dès que l'occasion se présente.

Le cinématographe Lumière (Exposition de la Société Française de Physique, 16-17 avril 1895)

Profitant sans doute de sa présence à Paris, Louis Lumière organise une nouvelle présentation - moins connue - dans le cadre de l'Exposition de la Société Française de Physique qui se tient, les 16 et 17 avril à la Société d'Encouragement :

Tous les ans, la Société française de physique organise, le mardi et le mercredi de Pâques, dans les salles de la Société d'Encouragement, une exposition qui attire un grand nombre de savants s'intéressant à la physique.
[...]
La maison A. Lumière et ses fils, de Lyon, avait envoyé de magnifiques et grandioses agrandissements qui ornaient fort à propos les diverses salles de l'exposition, et un ingénieux appareil, le cinématographe, destiné à prendre des épreuves photographiques en séries.


La Science Française, Paris, 1895, 1er semestre p. 210-211.

En revanche, il semble que cette présentation ne soit pas accompagnée de projections animées, comme les précédentes. Toujours est-il que les Lumière occupent le terrain et ne perdent pas une occasion de faire connaître le cinématographe.

Les projections Lumière (Congrès des Sociétés Savantes, samedi 17 avril 1895)

Le Congrès des Sociétés Savantes de Paris ete des Départements s'ouvre le mardi 16 avril 1895. La sous-section de photographie est réunie dans l'amphi provisoire de la vieille Sorbonne (Bulletin de la Société française de photographienº 12, 2e série, Tome XI, p. 299)Au cours de cette séance, Louis et Auguste Lumière présentent une communication sur l'orthochormatisme.

Le Congrès des Sociétés savantes s'est ouvert le 16 avril, à 2 heures, dans le grand amphithéâtre de la nouvelle Sorbonne.
La sous-section de photographie a tenu trois séances bien remplies au cours desquelles il a été étudié plusieurs questions portées au programme et fait diverses communications des plus intéressantes
[...]
M. Lumière a projeté une belle série d'épreuves en couleurs obtenues par la méthode de M. Lippmann, ainsi que des clichés en couleurs par le procédé de Ducos du Hauron, à l'aide de trois couches colorées superposées.
Il a également projeté une scène animée, comptant de près de neuf cents vues fournies par le Cinématographe de sa construction et qui lui a valu un succès égal à celui qu'il avait obtenu à la conférence dont nous avons rendu compte dans notre dernier numéro.


Bulletin du Photo-club de Paris, Paris, nº 52, mai 1895, p. 158.

Ça n'est que le lendemain samedi 17 avril qu'Auguste Lumière p´resente le cinématographe :

M. AUGUSTE LUMIÈRE projette, aux applaudissements de l'assemblée: 1º les épreuves de son cinématographe (objets en mouvement), 2º les épreuves en couleurs obtenues par la méthode de M. le professeur Lippman.


Bulleetin de la Société Française de Photographie, 2e série, Tome XI, nº 12, Paris, 1895, p. 304.

Comme cela s'est déjà produit antérieurement, la projection cinématographique apparaît comme une sorte de "performance ", comme si après les choses sérieuses - la photographie des couleurs - on s'accordait une courte récréation. Nous ignorons la vue qui est projetée, peut-être la même Sortie d'usine, présentée un mois plus tôt. On pourrait le penser à la lecture de ce nouvel article qui évoque une projection, sans doute celle du 17 avril si l'on se fie à la proximité des dates :

On annonce qu’une Société, à un capital assez élevé, serait en formation pour exploiter les reproductions photographiques donnant l’illusion du mouvement. Nous devons faire remarquer que la Société américaine qui exploite en France le Kinétoscope Edison ne présente que des scènes dont un ou deux personnages au plus exécutent des séries de mouvements qui se renouvellent comme dans le isotrope; l’appareil le plus simple que nous ayons vu est celui imaginé par M. Demeny, ancien préparateur du Dr Marey, mais le record (pour employer une expression consacrée) de la Photographie du mouvement est détenu par MM. Lumière fils, les fabricants de l’excellente plaque photographique que l’on connaît: ils ont réussi à présenter non pas une impression zootropique de mouvements visible pour une seule personne à la fois, mais c’est à un auditoire composé d’un grand nombre de personnes que ces ingénieux savants procurent l'illusion du mouvement d’une série de sujets qui se suivent sans interruption. Ils projettent d’abord sur l’écran la porte d’entrée de leur fabrique de Lyon, elle est ouverte et sans personnage, puis, instantanément, une personne se présente et sort en se dirigeant à droite, une qui suit va vers la gauche, l'unité de personnages se double, puis se triple, enfin la foule d’ouvriers et d'ouvrières arrive, les sortants se succèdent, à pied, en bicyclette, en voiture, à cheval... ; lorsque nous aurons dit : que plus de 100 personnages ou groupes animés passent en cinquante secondes dans cette porte projetée sur l’écran, que pour cette vue mouvementée, comme jamais on n'en a encore produit, il n’a pas fallu moins de 800 clichés, on comprendra qu’une Société se fonde, sa réussite est, probablement certaine, car ceux qui ont ressenti l'impression que nous avons éprouvée dernièrement devant l'image fantastique des petits personnages agiles de MM. Lumière doivent désirer voir et revoir cette curieuse application de la Photographie dite instantanée, et si le million de voyageurs riches qui traversent Paris passe devant ce tableau anime, il laissera une somme ronde dans les caisses de la Société. OCégé.


Le Moniteur de la photographie, Paris, 1er mai 1895, p. 19.

Toujours est-il que les Lumière ne semble avoir guère le choix. Le Congrès est clôturé, le 20 avril, par M. Poincaré, ministre de l'Instruction Publique.

Le cinématographe Lumière (Revue Générale des Sciences, 11 juillet 1895)

C'est au mois de juillet, cette fois-ci dans les locaux de La Revue Générale des Sciences, que plusieurs vues cinématographiques sont présentées. Henri de Parville, divulgateur des nouveautés scientifiques, va consacrer un court article à cette séance, encore une fois, destinée à un public éclairé :

Une bien jolie nouveauté qui fera courir tout Paris après les vacances. M. Olivier, directeur de la Revue générale des sciences, avait convié, jeudi dernier, le dessus du panier du monde savant à une soirée particulièrement intéressante. Au programme, le cinématographe de MM. Auguste et Louis Lumière. C’était de l’inédit. Tout le monde se rappelle le kinétoscope d’Edison, que tous les Parisiens ont admiré. Eh bien ! Le cinématographe est encore autrement merveilleux. Les tableaux animés du kinétoscope étaient presque microscopiques. Ceux de MM. Lumière sont plus grands, ce sont, en effet, des agrandissements photographiques. L’illusion de relief et de mouvement est extraordinaire. Le dispositif employé est nouveau. La place nous ferait défaut pour l’esquisser aujourd’hui. Qu’il nous suffise de dire que l’appareil, très condensé, permet facilement la projection des images successives qui donnent l’illusion du mouvement sur un écran avec un agrandissement de cent fois en diamètre. Alors, un grand nombre de personnes peuvent assister à ce spectacle charmant. Que de scènes applaudies avec enthousiasme et presque avec délire ! Le jardinier et sa lance qui arrose les plates-bandes, le cavalier qui apprend à monter à cheval, le bébé qui cherche les poissons rouges dans leur bocal, l’incendie, les pompiers, l’eau, la fumée, le dîner de Bébé avec les arbres du jardin agités par le grand vent. C’est d’une vérité telle qu’on se demande si l’on y est. Et la descente des passagers sur le ponton des bateaux de la Seine ? C’est inénarrable. Et la sortie des ateliers de femmes par la grande porte avec les voitures, les bicyclettes, les porteurs de marchandises. Quel mouvement et quel naturel ! Mais le chef-d’œuvre, c’est le boulevard avec les cafés, les piétons, les omnibus, etc., tout cela, c’est si bien le boulevard, qu’on a envie de se garer des voitures. Il apparaît à certain moment une tapissière qui vient droit sur les spectateurs. Ma voisine était si bien sous le charme qu’elle se leva brusquement d’un bond et ne se rassit que lorsque la voiture tourna et disparut. Puissance de l’illusion ! Le cinématographe étonnera bien des personnes. C’est inimaginable de vérité. MM. Lumière sont décidément de grands magiciens !


Henri de Parville, " Revue des sciences ", Journal des débats politiques et littéraires, Paris, 17 juillet 1895, p. 2.

Une nouvelle fois, nous nous trouvons face à une sorte de contradiction. D'une part, le lieu est choisi avec précision, pour cibler un public d'initiés. D'autre part, le cinématographe s'offre avant tout comme un spectacle et Henri de Parville lui-même surenchérit lorsqu'il termine son article en faisant des savants lyonnais de " grands magiciens ". Les Lumière ont eu le temps, au cours de la période estivale, de tourner quelques scènes ce qui permet désormais de présenter un petit programme. On assiste, avec cette séance, à la naissance d'une formule qui deviendra canonique.

Le cinématographe Lumière (Sorbonne, Faculté des Sciences, 16 novembre 1895)

C'est à l'automne que Louis Lumière va présenter une dernière fois, à Paris, son cinématographe dans un contexte toujours aussi " scientifique ". Il revient à la Sorbonne, à l'occasion de la rentrée de la Faculté des Sciences, le 16 novembre 1895. Une séance solennelle est organisée à cette occasion et elle a lieu dans le grand amphithéâtre de chimie. La revue La Photographie est l'une des seules à rapporter l'événement :

LA PHOTOGRAPHIE EN SORBONNE
La Faculté des Sciences de Paris, à l'exemple de sa voisine, la Faculté des Lettres, a ouvert ses cours par une séance solennelle, le samedi 16 novembre, dans l'amphithéâtre de la Sorbonne. Après une allocution de l'éminent doyen, M. Darboux, et la présentation, par M. Troost, de tubes de Geissler, renfermant de l'argon et de l'hélium, M. C. Lippmann nous a montré les dernières photographies en couleurs qu'il a obtenues par son ingénieux procédé : c'était d'abord le spectre de l'hélium, photographié deux fois avant la séance, des vitraux, des fleurs, etc., ainsi que quelques-uns des beaux clichés de M. Lumière. Inutile de dire qu'une salve d'applaudissements accueillait chaque nouvelle projection ; puis, il nous a été donné d'admirer sur l'écran les beaux résultats obtenus par MM. Lumière, avec le cinématographe de leur invention, qui laisse loin derrière lui le kinétoscope d'Edison. Le mouvement de « la Sortie des ateliers Lumière », du « Débarquement des membres de la dernière réunion de l'Union internationale de photographie », des scènes diverses ont fait l'admiration de l'auditoire, réellement émerveillé.


La Photographie, 30 novembre 1895 (Perrot, 1924, 43).

La presse espagnole va rendre également compte de cette nouvelle présentation du cinématographe, en apportant quelques précisions complémentaires :

El kinematógrafo
Ante una Asamblea de hombres de ciencia verificada en el anfiteatro de Gerson, en la Sorbona, el Sr. Lumiers (hijo) hizo interesantísimas experiencias presentando el maravilloso aparato que se llama el kinematógrafo.
Sobre un extenso muro se proyecta una fotografía por medio de la luz eléctrica, de modo que aparezca la perfecta ilusión de la grandeza natural. Los personajes de la fotografía no están inmóviles, sino que se agitan, desenvolviendo con sorprendente realidad una escena de la vida durante un minuto.
El Sr. Lumiere hizo gustar sucesivamente el espectáculo de la plaza Bellecour con los innumerables tranvías que se detienen, los viajeros que suben y bajan, etc., etc.
No es, pues, la imagen sola la que aparece, sino también la actividad y la vida.
Un solo aparato sirve para 300 vistas instantáneas que reproducen los movimientos hechos durante un minuto, produciéndose así en la retina la imagen del movimiento continuado.


La Unión católica, Madrid, 27 novembre 1895, p. 1.

Un nouvel article complète l'information :

CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
A la Sorbonne des sciences.-C'était lundi, 18 novembre, [sic] ouverture solennelle des cours à la Faculté des sciences. Au moment où la cérémonie commence, toute la Faculté, en habit, est au grand complet; l'amphithéâtre est littéralement bondé d'étudiants et de notabilités scientifiques.
[...]
MM. Lumière et fils ont eu l'excellente idée de venir présenter un appareil nouveau de leur invention, une vraie merveille d'optique: le kinétoscope à projection. Sur l'écran s'agitent des personnages vivants, c'est la reproduction de la vie. La vue de la mer avec son vaste horizon et l'argent de ses lames présente surtout un effet saisissant.


Revue de l'enseignement primaire et primaire supérieur, 8 décembre 1895, p. 171.

Grâce à ces trois articles, nous connaissons une partie du programme proposé à la Sorbonne en ce 16 novembre 1895. En cinq présentations, il s'est agi de lancer les bases d'une future exploitation du cinématographe. On s'assure d'une part du soutien de la communauté scientifique, et d'autre part, on " teste " l'effet produit sur le public. Il ne faut pas oublier que d'autres villes que Paris, découvrent aussi le cinématographe, et tout particulièrement Lyon. Par ailleurs, il faut laisser le temps de mettre au point les appareils qui iront sur différents postes, dès la fin de l'année 1895. Indiscutablement, les Lumière ont compris l'effet que le cinématographe peut produire sur les spectateurs et ces séances distillées tout au long de l'année 1895 servent à mettre en place ce qui devient, en 1896, le système des concessions.

Tout est donc prêt pour organiser la célèbre séance du 28 décembre 1895...

Le cinématographe Lumière du Grand Café (14 boulevard des Capucines, 28-31 décembre 1895) → 1896

L'homme clé de la première présentation publique du cinématographe est Antoine Lumière. Il s'intéresse depuis 1894 au kinetoscope Edison et il est celui qui pense que le cinématographe a un avenir commercial. Ses deux fils vont donc laisser le soin à leur père de faire les démarches nécessaires pour lancer l'exploitation commerciale de leur invention. Afin de mener à bien l'opération, Antoine Lumière prend contact avec Clément Maurice, l'un de ses anciens collaborateurs aux usines de Monplaisir :

L'exploitation de cette merveille sourit au brave Maurice qui, plein de confiance, accepte de liquider son atelier et de prendre en mains les destinées de l'invention des frères Lumière. Vainement les deux amis interrogent les agences de la place de la République à la Madeleine, comme ils questionnent les commerçants. Fatigués par des courses pénibles ils vont désespérer quand ils aperçoivent un groupe de déménageurs sortant des meubles d'un sous-sol ; le local où siégeait jusque-là une académie de billards est vide !


G. Michel Coissac, " Le Cinématographe est né en France en 1895 " dans Hommage à Louis Lumière, Ville de Paris, Musée Galliéra, 1935.

grand cafe RÉVEILLONNONS !
[...]
En arrivant au coin de la rue Scribe et du boulevard des Capucines apparaît le Grand-Café. À mon avis (je m'y connais) le Grand-Café est non seulement l'établissement le plus grandiose de Paris, mais du monde entier. Une transformation heureuse vient de s'y faire dernièrement. Le salon du restaurant où les soupeurs se réuniront pour réveillonner est une reproduction textuelle de l'Alhambra de Grenade. Là, pendant le souper, les Lautars roumains joueront, comme tous les soirs, leurs morceaux, empreints d'une originalité si exquise.
En ce qui concerne le restaurant, la direction en a été confiée aux anciens maîtres d'hôtel du café de Paris : Auguste et Joseph.
J'ajouterai, ce que tout monde sait, que le Grand-CCafé appartient à M. Volpini, le directeur des bals de l'Opéra, qui nous donnera de ce fait de brillants soupers cet hiver. Noblesse oblige ! [...] Albert Cellarius. 
L'Orchestre, Paris, 4 mars 1890, p. 1 Gil Blas, Paris, 25 décembre 1894, p. 2
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Grand Café, 14, boulevard des Capucines
(1er édifice à gauche) (c. 1895) [D.R.]
Grand Café, 14 boulevard des Capucines
(1er édifice à gauche) (c. 1895) [D.R.]

Paul, Joseph Volpini ([Garateo, Pavie], [1853]-Nice, 30/12/1910) est une figure connue depuis les années 1880. Déjà propriétaire du Grand Café depuis au moins 1887, il en a fait un lieu essentiel du boulevard des Capucines, à la fois restaurant, café, mais aussi salle de jeu avec ses billards. Grâce au témoignage de Clément Maurice, nous avons des informations sur les circonstances de l'ouverture du Salon Indien, aménagé pour accueillir le cinématographe Lumière :

Nous avons ouvert cette salle au Grand Café, avec M. Lumière père, dit M. Clément Maurice, loin de nous douter du succès rapide de ces démonstrations. La salle contenait à peine une centaine de personnes ; le prix d'entrée était de 1 franc.
La première journée, j'ai fait une recette de 33 francs ; c'était maigre ! Mais le succès fut si rapide que trois semaines après l'ouverture, les entrées se chiffraient par 2.000 et 2.500 francs par jour, sans aucune réclame faite dans les journaux.
M. Volpini, propriétaire du Grand Café, avec lequel nous avions passé un bail d'un an pour son sous-sol, avait préféré aux 20 % sur la recette que nous lui avions offerts, 30 francs par jour pour le loyer. Celui-là n'avait guère confiance dans la réussite de cette affaire.
La projection des huit ou dix films durait environ vingt minutes ; la salle était aussitôt vidée et remplie à nouveau. Quelques semaines après, j'ai dû faire établir un service d'ordre par les agents pour empêcher les bousculades et quelquefois les batailles à l'entrée du sous-sol.
L'ouverture a eu lieu en 1895, la dernière semaine de l'année, entre Noël et le Jour de l'an. Je ne puis préciser la date exacte.
Ce qui m'est resté le plus typique, c'est la tête du passant arrêté devant l'entrée, cherchant ce que Cinématographe Lumière signifiait ; ceux qui se décidaient à entrer sortaient un peu ahuris ; on en voyait bientôt revenir, amenant avec eux toutes les personnes de connaissance qu'ils avaient pu rencontrer sur le boulevard.
Dans l'après-midi, le public formait une queue qui s'étendait souvent jusqu'à la rue Caumartin.
Pendant plusieurs mois, le programme ne fut guère changé ; les films de résistance, d'une longueur de 12 à 13 mètres, étaient les suivants :
La sortie des ouvriers de l'usine Lumière ;
L'Arroseur ;
Le goûter de bébé ;
La pêche aux poissons rouges ;
Un gros temps en mer ;
Le Forgeron ;
L'arrivée d'un train en gare ;
Soldats au manège ;
M. Lumière et le jongleur Trewey jouant aux cartes ;
La démolition d'un mur.


PERROT, 1924, 39.

Grâce au témoignage de Francis Doublier, nous apprenons que trois autres collaborateurs se trouvent présents au moment où le cinématographe va commencer ses premières projections. Il s'agit du chef mécanicien, Charles Moisson, et de son assistant Francis Doublier et de l'opérateur de projection Jacques Ducom  :

J'ai participé modestement à la première séance du cinématographe Lumière, au grand café de Paris. J'étais assistant du chef-mécanicien Charles Moisson et de l'opérateur de projection Ducom. L'un réglait la lumière et l'autre tournait la manivelle. Ils ne s'absentaient qu'à l'heure des repas. C'est ainsi que le 28 décembre 1895, comme Moisson et Ducom déjeunaient, j'ai présenté "Le Maréchal Ferrant", "La Partie de Cartes" et "La Querelle enfantine" sur l'écran du Salon Indien. Mais on m'avait envoyé là surtout pour porter les films !


GILSON Paul , "J'ai tourné la manivelle ce 28 décembre 1895 au Grand Café", L'Écran français, Paris, nº 25, Noël 1945.

L'un des premiers témoins de cette séance historique est Joseph Demaria qu'il évoque brièvement :

Le 28 de cette même année, j'assistai à la première représentation publique et payante d'images animées. Quant à l'appareil avec lequel opérait mon vieil ami Clément Maurice dont je suis heureux de rappeler le nom, il était simple, mais précis, sans réembobinage automatique, le film se déroulait dans un sac et un ballon en verre rempli d'eau faisait à la fois office de cuve et de condensateur.


Conseil Municipal de Paris, 1926: 1995.

À Lyon, Le Progrès dans son édition du 29 décembre offre un bref compte rendu de la présentation du cinématographe dans sa "Dernière minute" (plusieurs brèves sont datées du 28 décembre) :

LE CINÉMATOGRAPHE
Nous avons pu adrmirer ce soir les résultats que M. Lumière a obtenus avec son nouvel appareil le cinématographe. Les photographies projetées en grandeur naturelle donnent l'illusion complète du mouvement.
Les scènes les plus diverses ont défilé devant les spectateurs émerveillés; nous avons d'abord été transportés aux portes mêmes de l'usine de MM. Lumière, puis à la place des Cordeliers. Un bébé nous a ensuite ravis par la grâce et le naturel de ses mouvements.
Mais il faudrait tout citer. Chaque tableau a été l'occasion d'ovations à l'adresse de MM. Lumière et Clément-Maurice qui présentaient eux-mêmes le nouvel appareil.


Le Progrès, Lyon, 29 décembre 1895, p. 3.

Un autre article est publié dans La Marseillaise daté du 30 décembre 1895 :

LE CINEMATOGRAPHE
Une merveille photographique
Une nouvelle invention, qui est certainement une des choses les plus curieuses de notre époque, cependant si fertile, a été produite hier soir, 14, boulevard des Capucines, devant un public de savants, de professeurs et de photographes.
Il s'agit de la reproduction, par projections, de scènes vécues et photographiées par des séries d'épreuves instantanées. Quelle que soit la scène ainsi prise et si grand que soit le nombre des personnages ainsi surpris dans les actes de leur vie, vous les revoyez, en grandeur naturelle, avec les couleurs, la perspective, les ciels lointains, les maisons, les rues, avec toute l'illusion de la vie réelle.
Il y a par exemple la scène des forgerons. L'un fait fonctionner la soufflerie, la fumée s'échappe du foyer; l'autre prend le fer, le frappe sur l'enclume, le plonge dans l'eau, d'où monte une large colonne de vapeur blanche.
La vue d'une rue de Lyon avec tout son mouvement de tramways, de voitures, de passants, de promeneurs, est plus étonnante encore ; mais ce qui a le plus excité l'enthousiasme, c'est la baignade en mer; cette mer est si vraie, si vague, si colorée, si remuante, ces baigneurs et ces plongeurs qui remontent, courent sur la plateforme, piquent des têtes, sont d'une vérité merveilleuse.
A signaler encore spécialement la sortie de tout le personnel, voitures, etc., des ateliers de la maison où a été inventé le nouvel appareil auquel on a donné le nom un peu rébarbatif de cinématographe.
Le directeur de la maison, M. Lumière, s'en est d'ailleurs excusé. Les inventeurs sont ses deux fils, MM Auguste et Louis Lumière, qui ont recueilli hier les applaudissements les plus mérités.
Leur œuvre sera une véritable merveille s'ils arrivent à atténuer, sinon à supprimer, ce qui ne paraît guère possible, les trépidations qui se produisent dans les premiers plans.
On recueillait déjà et l'on reproduisait la parole, on recueille maintenant et l'on reproduit la vié. On pourra, par exemple, revoir agir les siens longtemps après qu'on les aura perdus.


La Marseillaise, Marseille, lundi 30 décembre 1895, p. 3.

Dans la capitale, seuls deux quotidiens consacrent des articles à l'événement : Le Radical - qui publie exactement le même texte que La Marseillaise, le 31 décembre 1895 - et La Poste :

LE CINÉMATOGRAPHE
Merveilleuse invention.-Soirée offerte à la Presse.-La photographie vivante.
MM. Lumière père et fils, de Lyon, avaient hier soir convié la presse à l'inauguration d'un spectacle vraiment étrange et nouveau, dont la primeur a été réservé au public parisien. [...]
Ils ont installé leur ingénieux appareil dans l'élégant sous-sol du Grand Café, boulevard des Capucines.
Les résultats obtenus ont produit, tout d'abord, une sorte de stupeur dans l'assistance d'élite invitée à cette sorte de " vernissage ".
On avait vu déjà, à travers des verres grossissants, en se penchant sur des boîtes, des images mouvantes, qui rappelaient, avec une perfection supérieure, il faut l'avouer, les zootropes chers à nos premiers ans. Mais l'appareil de MM. Lumière, tout différent, produit des effets bien plus surprenants.
Figurez-vous un écran, placé au fond d'une salle aussi grande qu'on peut l'imaginer. Cet écran est visible à une foule. Sur l'écran apparaît une projection photographique. Jusqu'ici rien de nouveau. Mais tout à coup, l'image de grandeur naturelle, ou réduite, suivant la dimension de la scène, s'anime et devient vivante.
C'est une porte d'atelier qui s'ouvre et laisse échapper un flot d'ouvriers et d'ouvrières, avec des bicyclettes, des chiens qui courent, des voitures ; tout cela s'agite et grouille. C'est la vie même, c'est le mouvement pris sur le vif.
Ou bien, c'est une scène intime ; une famille réunie autour d'une table. Bébé laisse échapper de ses lèvres une bouillie que lui administre le père, tandis que la mère sourit. Dans le lointain, les arbres s'agitent ; on voit venir le coup de vent qui soulève la collerette de l'enfant.
Voici la vaste Méditerranée. Elle est encore immobile, comme dans un tableau. Un jeune homme, debout sur une poutre, s'apprête à s'élancer dans les flots. Vous admirez ce gracieux paysage. A un signal, les vagues s'avancent en écumant, le baigneur pique une tête, il est suivi par d'autres qui courent plonger dans la mer. L'eau jaillit de leur chute, le flot se brise sur leur tête ; ils sont renversés par le brisant, ils glissent sur les rochers.
Mais nous ne voulons pas déflorer la surprise et le plaisir du spectateur.[...]


La Poste, Paris, lundi 30 décembre 1895.

Le 1er janvier, Le Gaulois ne lui consacre qu'une simple ligne

Si l'on peut raisonnablement penser que la séance comporte - comme cela sera le cas par la suite - dix vues différentes, la liste reste délicate à établir. Les deux articles de journaux donnent les titres suivants : La sortie de l'usine Lumière à Lyon, Le Repas, La MerLes Forgerons et La Place des Cordeliers à Lyon. Il faudrait y ajouter Discussion évoqué par Le Siècle (6 janvier 1896, p. 2). Certes Clément-Maurice donne une liste précise de dix titres, mais ce témoignage près de trente ans après reste sujet à caution.

→ 1896

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